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JOURNAL DE BORD D’UN PETIT ANGE tombé sur Terre -1-

EPISODE 1 : MON 1er MOIS

-je pèse 3,130kg, je mesure 50,5 cm de long et ma tête fait 35 cm à l’équateur-

Semaine du 8 au 14 janvier 2018 : après ma naissance, qui a eu lieu le jeudi 11 janvier au soir…

Vendredi 12 janvier 2018

Je n’ai pas beaucoup de souvenirs des premiers jours. J’étais avec Maman tout le temps, comme avant. Je mangeais souvent. Mais j’avais aussi très souvent mal au ventre, car il n’était pas habitué à digérer ce nouveau liquide très nourrissant. Le lait de Maman était désormais ma seule source d’alimentation. Je dormais beaucoup, collé contre Maman. 

Parfois, Papa me prenait dans ses bras lorsque je pleurais après avoir tété et que mon ventre m’empêchait de me rendormir sereinement. Il me secouait, plus qu’il me berçait, en chantant des chansons aux vertus hypnotisantes ! J’adorais cette chanson des carabiniers : « Dans la troupe, ‘y a pas d’jambe de bois ; y a des nouilles, mais ça n’se voit pas ! La meilleure façon d’marcher, c’est encore la nôtre, c’est de mettre un pied d’vant l’autre et d’recommencer !…. »!!! Contre toute attente, ça me calmait ! Je me rendormais souvent dans ses bras. Maman était alors juste à côté. Elle planait de fatigue et en profitait pour lâcher prise quelques instants…

Je me souviens que plein de gens défilaient dans la chambre. Ils me tripotaient, ou alors tripotaient Maman, le jour comme la nuit. Il s’agissait de sages-femmes, d’aides-soignantes, d’infirmières, de puéricultrices, de pédiatres, de gynécologues (celui de Maman mais aussi le « mauvaishomme » qui m’ a arraché à Maman de force), etc. Nous n’avions jamais plus de deux heures tranquille. Ils venaient vérifier que les protocoles étaient respectés à la lettre et que toutes nos constantes étaient bien dans la norme. « Il est bien compliqué ce monde terrestre, dis-donc… » me disais-je. « Tout est en permanence sous contrôle ! Quel boulot !!! L’organisation des humains ressemble finalement énormément à celle des fourmis ou des abeilles ! Le monde des anges était décidément infiniment plus simple… », regrettais-je presque.

Il y eut aussi la visite de deux dames dont je connaissais la voix et l’odeur. Mes deux grands-mères ! Oma, la maman de ma maman, qui a un prénom proche du mien : Angelika ! Et Mamie, la maman de mon papa, qui se prénomme Yvonne.

Le premier jour, elles étaient là ensemble, avec deux autres personnes, la sœur de Papa, Michelle, et son mari, Pierre. Mais ça faisait beaucoup de monde pour moi. Trop d’énergie, trop d’agitation dans l’air. Maman parlait énormément. Mais je sentais qu’elle montait en fréquence, dans des fréquences toxiques, autant pour elle que pour moi. Elle était sur les nerfs et moi aussi.

Maman était cependant très fière de me montrer à tous ses proches. Depuis le temps qu’elle m’attendait et que tous me guettaient avec impatience ! Mais elle aurait eu besoin de ne pas trop parler pour ne pas dépenser le peu d’énergie qui lui restait. Elle me donnait tellement, entre les nuits blanches et le lait toutes les deux heures environ ! C’était dur pour elle, car des gens venaient lui parler à tout bout de champ ! Pas deux minutes pour souffler et se recentrer pour recharger un peu ses batteries. 

Moi, j’essayais de me mettre dans ma bulle. Pas besoin de parler, ouf ! Je pouvais roupiller peinard. Le soir arrivant, cependant, je me mis pleurer, c’était plus fort que moi. Je n’avais pas d’autre moyen d’évacuer ce trop plein d’énergie… Je n’arrivais plus à me calmer et à dormir. Je ressentais tout trop fort. Le mal au ventre, le bruit, la lumière, l’énergie. Une bonne crise de larmes, rien de tel pour se calmer les nerfs quand on est bébé. Il paraît que ça s’appelle décharger…

Samedi 13 janvier 2018

Je me souviens que le surlendemain de ma naissance, les seins de Maman devinrent très chauds et beaucoup plus gros. On m’obligea à téter son téton à travers du plastique (un « bout de sein » en silicone), car je n’arrivais plus à téter autrement ! Les tétons étaient devenus beaucoup trop gros pour ma bouche ! Etrange quand même… Pourquoi la nature permettait-elle de telles incohérences ??? Et Maman n’avait pas l’air bien du tout. Comme si elle ne comprenait pas non plus d’où venait cette monstrueuse métamorphose. 

A force de pleurer et d’essayer, je finis par réussir à boire à travers ce corps étranger. J’avais trop faim ! Je sentais l’odeur du lait de Maman à travers la paroi en plastique. Cela m’encouragea à persévérer jusqu’au but ultime ! Je vous confirme que c’est beaucoup plus fatiguant de téter avec ça que directement au sein. Mais moi, je suis un warrior ! Quand j’ai faim, je ferais n’importe quoi pour téter le lait nourrissant de Maman !

Semaine du 15 au 21 janvier 2018

Dimanche 14 janvier 2018…et les jours suivants.

Le temps passa. Des jours, des nuits… Je tétais, je dormais. Je me réveillais, je pleurais… Maman m’amenais à coté, changeait ma couche, toujours pleine d’un caca doré. Je tétais de nouveau, me rendormais, etc. 

J’oubliais un truc pas sympa ! Lorsque je digérais, et ça ressortait par en bas, ça brûlait d’abord dedans, dans mon petit ventre sensible, puis ça brûlait mes petites fesses toutes neuves. Ça recommençait à chaque tétée…

Mardi 16 janvier 2018

Suite à sa demande, Maman reçut la visite de la psychologue de la clinique dans notre chambre. Elle avait besoin de parler des conditions traumatisantes de ma naissance, de cette arrivée bien plus chaotique qu’elle ne l’avait imaginée. J’étais là, j’écoutais… Maman pleura beaucoup. Mais je sentis que cela lui fit du bien de vider ainsi son sac. Je savais qu’elle avait déjà écrit le récit de notre rencontre, heure après heure, ce week-end… Pour elle, coucher les faits sur le papier lui permettait de prendre du recul, l’écriture était sa thérapie première. 

Jeudi 18 janvier 2018, retour à la maison…

Même si ce fut la première fois que j’y rentrai séparé du ventre de Maman, je su que c’était notre maison… L’ambiance, l’odeur, l’énergie particulière : je reconnaissais les lieux. Mais je ne me sentais pas très bien.

La nuit, Maman me mit dans un nouveau couffin, à côté de leur lit. J’eus du mal à dormir, bien que j’aie sommeil. J’avais chaud, mais pas trop faim, et je pleurais beaucoup.

Vendredi 19 janvier 2018

Le matin, nous reçûmes la visite de Philippe et Christine, des amis de Maman. Philippe s’était occupé de Kolina, surtout lorsque Maman avait été « très enceinte » et il continuait encore maintenant… Le temps qu’elle retrouve plus de disponibilité. Ils étaient tous deux très heureux de voir ma petite frimousse, eux qui avaient côtoyé Maman, toute ronde de moi. 

Dans la même matinée, Laure, la sage-femme, vint elle aussi faire ma connaissance. Elle m’avait déjà rencontré lorsque j’étais encore bien au chaud. Lorsque Maman lui raconta la césarienne et la montée de lait, elle nous encouragea de son optimisme énergique. Pour elle, Maman et moi étions des « warriors » ! Maman, parce qu’elle allaitait malgré la douleur, tout en se remettant, cahin-caha, de l’intervention. Moi, parce que je tétais comme un fou, malgré les bouts de sein et avais déjà repris le poids de ma naissance. D’ailleurs, à ce sujet, Laure demanda à Maman d’enlever les bouts de seins en silicone. Ses tétons étaient de nouveau accessibles, les seins ayant légèrement dégonflé.

L’après-midi, je ne me sentis pas bien du tout, patraque et épuisé. Je dormis cinq heures d’affilé dans la véranda. Maman m’avait mis au soleil car j’avais la jaunisse depuis la naissance. Il fallait que je vois le jour ! Après cette sieste plus longue que d’habitude, Maman, inquiète, me réveilla. Quand elle me sortit du couffin, j’étais mou comme une poupée de chiffon, sans forces. D’un coup, mes yeux se révulsèrent comme si je faisais une crise d’épilepsie ! De plus en plus stressée, elle me déshabilla entièrement et me mit un truc bizarre sous le bras, comme on m’avait déjà fait maintes fois à la maternité. C’était un thermomètre pour prendre ma température. J’avais effectivement un pic de fièvre : 39° ! Alors Maman me baigna dans de l’eau tiède. Ça me fit du bien, la température redescendit à la normale… Maman se dit que j’avais pris un coup de chaud dans la véranda et s’en voulut de ne pas avoir fait plus attention. Lorsque le soleil tapait, la température de la véranda était toujours bien plus élevée que celle de la maison…

Samedi 20 et dimanche 21 janvier 2018

Samedi, nous reçûmes encore un flot de visiteurs ! D’abord Lætitia, ma future nounou, que j’aimais déjà, tant elle dégageait quelque chose d’à la fois doux, maternel et rassurant. Puis, alors que Laetitia était encore là, débarquèrent Michelle et Pierre, ma tante et mon oncle. Ils m’avaient déjà vu à la maternité, mais ils avaient très envie de me voir dans ma nouvelle maison, je crois… Puis passa une amie de Maman, Myriam, pour déposer un couffin en osier qu’elle me prêtait tant que j’en aurais besoin. Ses deux enfants, Quentin et Mathilde, avaient passé leurs premiers mois dedans. Et j’allais presque oublié les deux visites d’infirmiers à la maison, pour Maman ! On se serait dit à la maternité !!! Le matin, pour une prise de sang, et le soir pour la piqure quotidienne de Maman, suite à la césarienne (contre les risques de phlébite).

Pendant tout le week-end, je me sentis vraiment très fatigué, frileux barbouillé, pas du tout comme les premiers jours. Je n’avais pas très faim. J’avais envie de me couper de ce nouveau monde, pour dormir, dormir, dormir… Rentrer dans ma coquille… Revenir, même, dans le ventre de Maman, si chaud, si doux, où j’étais nourri sans avoir besoin de forcer et où je pouvais somnoler des heures durant dans l’obscurité sans éprouver le moindre besoin… Revenir en arrière, voilà de quoi je rêvais pendant ces longs sommeils quasi comateux. 

Quand j’étais réveillé, j’étais grognon. Je buvais juste car la fièvre avait desséché ma bouche et que j’avais soif. Mais le lait dans l’estomac me pesait et me faisait souffrir à son tour…

Semaine du 22 au 28 janvier 2018 

(je pèse de nouveau comme le jour de ma naissance : 3,130 kg)

Lundi 22 janvier 2018, on rentre…à l’hôpital 

Laure repassa nous voir. En plus des séances de préparation à l’accouchement, elle suivait aussi les bébés et les mamans après la naissance. Elle me repesa : j’avais perdu du poids, ce qui n’était pas mon habitude ! Elle conseilla fortement à Papa et Maman de m’amener aux urgences… 

Ainsi, seulement trois jours après notre retour à la maison, Papa et Maman m’amenèrent en voiture dans un lieu étrange, un nouvel établissement médicalisé. Il faisait très chaud. Des enfants toussaient et se plaignaient autour de moi, dans la salle d’attente. Après une longue attente, Maman et Papa me portèrent dans une autre pièce, ils me déshabillèrent et une dame, avec une blouse comme à la maternité, me mit un truc bizarre autour du kiki. Il fallait récupérer mon pipi pour faire une analyse d’urine. Je n’avais plus de fièvre depuis mon bref pic à plus de 39, vendredi. Mais j’étais toujours mou et très fatigué. 

En fait, Laure, la sage-femme, avait dit à mes parents qu’elle craignait que j’aie une infection urinaire. Etant donné comment s’était passé ma naissance (liquide amniotique marron verdâtre), une infection n’était pas impossible, même si les analyses faites à ma naissance s’étaient révélées exemptes de germes pathogènes.

Je mis du temps à faire pipi. Comme je buvais moins, j’urinais peu. En plus, une grande partie de l’eau contenue dans le lait passait dans mes cacas très liquides. Au bout de plus d’une heure, la pédiatre eut enfin son précieux élixir ! Il fallut encore attendre une éternité avant qu’elle revienne nous donner le résultat.

« Oui, c’est bien une infection urinaire. »

Mes parents n’eurent pas l’air trop inquiets dans un premier temps. Chez les adultes, une semaine d’antibiotiques par voie orale permettait en général de venir à bout de la vilaine bactérie… Mais on leur annonça que je devais être hospitalisé une bonne dizaine de jours, voire plus, car, à mon âge, l’antibiotique ne peut s’administrer… que par intraveineuse ! Là, les têtes de mes parents changèrent du tout au tout… Je vis les larmes perler au coin des yeux de Maman. « Mais pourquoi ??? »

Trois personnes s’acharnèrent alors autour de moi et essayèrent de piquer ma main. Mais ce n’était pas facile du tout, et moi, j’avais mal !!! Pourquoi me faisaient-elles ça ??? « Maman ! Je veux revenir au calme dans ton ventre ! S’il te plaît ! Ne les laisse pas me torturer de nouveau !!! » Je me débattais comme un petit diable, mais ils me tenaient fermement, tous les trois ! Maman était toujours là, tout près, elle essayait de me calmer. « Non ! Je me calme pas ! J’ai mal et je ne supporte pas qu’on m’empêche encore de bouger pour me torturer de la sorte !!! » 

C’était à ce cathéter qu’ils allaient, un peu plus tard, brancher la perfusion dans laquelle allait couler l’antibiotique prescrit, en I.V…. « Sous antibio » à 11 jours… Né le 11, 11 jours de vie ; nous étions le 22, c’était quasiment la date du terme. Si j’avais pu rester dedans plus longtemps, j’aurais été plus fort et cette vilaine bactérie n’aurait pas pu m’attaquer ainsi ! « Je suis sûr que c’est la faute du « mauvaishomme »… Il a ouvert la porte aux mauvaises énergies ! »

Mes parents m’amenèrent ensuite dans une chambre un peu comme celle de la maternité. Mais au lieu du lit de Maman au milieu, il y avait un lit plus petit avec des barreaux. « Et Maman alors ??? » On m’installa tout en haut de ce grand lit, en me faisant un nid avec un drap roulé ! Mais je n’allais quand même pas rester seul sur ce truc inhospitalier ! Et Maman ??? A la maternité, j’étais toujours dans le lit avec elle. Pourquoi n’était-ce pas pareil ici ???

Le comble de mon désarroi arriva quand Papa et Maman quittèrent la pièce et me laissèrent tout seul avec un infirmier. Maman avait des larmes plein les yeux, je ressentis son immense tristesse, intensément… Elle non plus ne voulait pas me quitter, mais une force invincible l’y obligeait visiblement. Je pleurais, pour ma part, toutes les larmes de mon corps. Une minute, cinq minutes, dix minutes, quinze minutes…. Épuisé, je reprenais mon souffle, me rechargeait autant que possible en énergie (le peu qui me restait). Et je repleurais, repleurais, criais, hurlais… Le monsieur en blouse me parlait pour me calmer. Mais je ne l’entendais pas. Je voulais être avec Maman. Je voulais que Maman revienne … Le truc sur la main me faisait mal, en plus, et m’empêchait de bouger le bras comme je le souhaitais. Les portes de l’enfer s’étaient réouvertes ! Qu’avais-je fait au ciel pour mériter ça ? « Hé ! Vous, là haut ! Pourquoi me laissez-vous tomber comme cela ? » Aucune réponse… J’étais déconnecté, débranché, déraciné de mes origines célestes…

Après une éternité, Papa et Maman furent de retour. Quand elle vit mes yeux rouges et mes joues pleines de larmes, Maman se remit à pleurer à son tour. Ils avaient de nouveau plein de sacs, comme à la maternité. Ils étaient rentrés à la maison pour prendre des affaires. En venant aux urgences dans l’après-midi, ils n’avaient pas imaginé une seconde pas qu’on me garderait ainsi…

A ma grande joie et mon immense soulagement, Maman resta dans la chambre avec moi. On déplia la couchette dans un coin et je c’est là qu’elle s’allongea. Mais cela ne me suffit pas. J’étais habituée à être tout près d’elle, à sentir son odeur, à percevoir la chaleur de son corps. Ici, dans ce lieu hostile, avec la douleur et ma maladie, j’avais besoin de son contact pour être rassuré. Je voulais être dans ses bras. Je me mis à crier de nouveau. Elle vint s’assoir dans le fauteuil, à côté de mon lit, et me prit dans ses bras, sur le coussin d’allaitement et me donna le sein. Comme à la maternité. Une fois repu et endormi, je sentis qu’elle me reposa sans l’immense lit froid qui m’était destiné. Et elle repartit dans le sien… 

« Non !!! Je veux que tu restes avec moi. J’ai peur, j’ai mal, j’ai besoin que tu me réconfortes. » Je pleurais de nouveau, à chaudes larmes. Elle revint me voir et me parla. Mais elle repartit ensuite dans son lit, dès que je me fus un peu calmé. Je me remis aussitôt pleurer. Elle revint… Je ne voulais pas qu’elle parte. J’ai réclamé ainsi toute la nuit… « Pourquoi tu ne me prends pas avec toi dans ton lit ? A côté de toi ? Je ne comprends pas, Maman !!! » Je ne savais pas qu’en réalité, la présence de la perfusion empêchait Maman de me déplacer. J’étais branché, et, de fait, immobilisé. Le seul moyen d’être ensemble, c’est que Maman vienne près de moi et s’assoie dans le fauteuil… Mais impossible alors, pour elle, de fermer l’oeil.

Mardi 23 janvier 2018

Dans la nuit du lundi au mardi, on vint changer la perfusion et me prendre la température. Au matin, ce fut un véritable défilé de soignants, juste pour moi. Pédiatre, interne en pédiatrie, puéricultrice… Tension température, interrogatoire approfondi à mon sujet. Pauvre Maman, je la sentais tendue. Le stress de cette nouvelle épreuve s’ajoutait à la fatigue. Car Maman n’était pas en pleine forme non plus… On lui avait quand même ouvert le ventre en lui injectant des produits très toxiques. Elle avait du mal à bouger car le ventre lui faisait mal. Sans parler de ses seins, toujours énormes et douloureux, malgré tout. Elle avait d’ailleurs eu de la fièvre, lors de la montée de lait. Me mettre au monde, ainsi que veiller sur moi depuis ma naissance, cela ne l’avait pas rechargé en énergie, bien au contraire. Elle ne dormait quasiment plus depuis mon arrivée… Et depuis qu’on était ici, elle ne dormait pas, parce qu’on n’était pas dans le même lit. 

La journée fut comme la nuit. Je n’étais bien que dans les bras de Maman, sur le coussin d’allaitement. Là, je mangeais, je me rassurais, je m’endormais et me réveillais paisiblement. 

Dans l’après-midi, la maman de Papa vint nous voir. Elle était très inquiète pour nous. Déjà, lors de la naissance, elle avait craint nous perdre tous les deux… Elle qui était si heureuse d’être de nouveau grand-mère, alors qu’elle était déjà trois fois arrière-grand-mère. Un troisième petit-fils, après trois arrière-petites-filles… C’était totalement inattendu… et inespéré !

La nuit suivante fut presque de nouveau comme le jour. Des visites continuelles d’inconnus. Seule exception, Papa, qui amenait encore des choses de la maison pour Maman et moi. Mais cette nuit, Maman fut très, très énervée. Elle n’en pouvait plus… Elle me cria dessus pour que je dormes, car elle désirait enfin dormir, à tout prix. Moi, je ne voulais pas rester seul…

Mercredi 24 janvier 2018

Ce second matin, gros changements. Je ne supportais plus de ce pansement et de ce qui me rentrait das ma peau. Ça me brûlait vraiment très fort depuis deux jours. On me refit un gros pansement, mais je sentis le cathéter bouger…

Ce même matin, Maman se mit à pleurer d’épuisement. Elle n’avait plus de lait. Depuis son arrivée, elle n’avait pas du tout dormi, étant obligée de rester assise dans le fauteuil toute la nuit pour que moi, au moins, je dorme. En pleurs, elle téléphona à sa sage-femme. Laure la reboosta et lui conseilla de s’imposer. Maman devait impérativement dormir pour pouvoir poursuivre l’allaitement. Et l’allaitement, c’était extrêmement important pour que je me batte bien contre cette vilaine bactérie !

Maman essaya de tirer son lait pour que Papa puisse me le donner et qu’elle puisse dormir pendant ce temps-là. Mais elle eut beau tirer, rien ne vint… Elle pleura de plus belle ! Et moi aussi !!! J’avais faim !

Autre mauvaise nouvelle de la journée : l’équipe médicale avait enfin reçu le résultat de l’antibiogramme, effectué suite au prélèvement de pipi de lundi. Il fallait changer d’antibiotique et donc recommencer tout le traitement depuis le début ! J’avais une très méchante bactérie, de la famille d’E. Coli, qui n’était détectable qu’à partir de dix jours après la naissance. Un antibiotique encore plus puissant, plus méchant qu’elle, était nécessaire pour la combattre ! Celui qu’on m’avait injecté, à spectre large, ne servait à rien contre cette rebelle. Cette mauvaise nouvelle fut la goutte qui fit déborder le vase pour Maman. Je la sentit imploser… On lui annonça aussi qu’il fallait me faire un nouvel examen qui ne lui plaisait pas du tout : une ponction lombaire…

Mais elle arriva à garder la tête haute et à puiser dans ses dernières réserves d’énergie pour défendre notre cause. Elle expliqua vigoureusement à l’équipe médicale qu’il lui fallait IMPERATIVEMENT un lit dans lequel nous puissions dormir tous les deux, dans lequel je sois juste à côté d’elle. Elle se fâcha, même, lorsque ses interlocuteurs prirent sa demande pour un caprice. NON ! Ce n’était ni un caprice, ni une coquetterie de sa part, c’était un besoin VITAL ! Pour nous deux. Je la sentis redevenir forte contre l’adversité. Une vraie mère lionne, ma maman ! 

Et MAGIE ! Tout devint comme à la maternité. Je me suis retrouvé, illico presto, dans le lit de Maman, entre le mur et son oreiller, dans le coussin d’allaitement, son odeur mélangée à la mienne… J’entendais sa respiration à quelques centimètres de mes oreilles. Je sentais sa chaleur, sa sécurité. J’étais de nouveau enfin rassuré…. Dans l’après-midi, je dormis mieux. Et elle put fermer les yeux et trouver le sommeil à son tour. Enfin un peu de calme, de détente, de récupération pour tous les deux, en ce début de nuit…

Le répit fut de courte durée ! J’aurais dû m’en douter !!! Mes amis les anges n’étaient pas encore revenus définitivement pour nous protéger… D’un coup, en pleine nuit, la perfusion me fit très mal et la machine se mit à sonner, comme si souvent… Un infirmier arriva, comme à chaque fois que la sirène ce de maudit appareil se mettait à hurler. Mais là, contrairement aux autres fois, tout le monde s’affola soudain. Ils essayèrent de me remettre le cathéter. Je n’avais pas rêvé, il avait bien bougé. Le liquide ne coulait plus dans ma veine, mais à côté. Ils n’y parvinrent pas. Mes veines pétèrent les unes après les autres… Sur une main, sur l’autre, au creux de mon bras droit, etc. Je priais aussi fort que possible pour qu’on me laisse tranquille. Cette fois-ci, je crois que mes prières furent entendues ! Je gagnai une nuit sans perfusion, ni pansement. Avec Maman dans mon lit et Papa, juste à côté, dans la couchette. Le rêve !

Aujourd’hui, entre toutes ces péripéties, nous avions reçu deux visites sympathiques. Depuis notre arrivée à l’hôpital, Maman acceptait des visites. Autant à la maternité, elle avait été très stricte et n’avait toléré que la famille très proche, pour nous protéger au mieux, nous préserver de trop de fatigue et garder notre intimité. Autant à l’hôpital, elle permettait à certains de ses amis, pressés de faire enfin ma connaissance, de pénétrer dans notre « nid ». J’étais, parait-il, tant attendu !!!

Le matin, il y eut celle de Rémy, un ami de Maman psychanalyste. Il était extrêmement heureux de me voir et surtout de voir le rêve de Maman se concrétiser enfin… L’après-midi, ce fut au tour de Noémie, amie de Maman également. Elle aimait beaucoup Kolina, tout comme Philippe, et allait la monter lorsqu’elle le pouvait, pour remplacer un peu Maman… C’est elle qui avait fait du « body-painting » sur le ventre de Maman, le dimanche avant mon arrivée. Elle avait peint, sur la demande de Maman, un petit ange blond aux yeux bleus, qui sortait du ventre, en se tenant à une poche, semblable à celle des marsupiaux… Image prémonitoire de la césarienne ??? C’est en effet ce que pensait Papa. 

Mon idée sur le sujet n’étais pas très claire, je dois l’avouer. Le nom français donné à cette opération venait de Jules César qui naquit ainsi. Mais sa mère y laissa la vie… En allemand, on appellait cette façon de venir au monde « Kaiserschnitt », « coupure du roi » ! Peut-être était-ce mon destin, finalement… N’étais-je pas un petit roi ? Ou déjà un petit prince… ??? Mes parents qui diraient le contraire.

En tout cas, pour le petit ange que je suis, l’avantage de cette intervention fut que je suis sorti tout joli, sans aucun pli, ni aucun hématome. Je pus montrer ma joli petite frimousse dès ma première heure de vie extra-utérine…

Jeudi 25 janvier 2018

Une dame, qui dégageait une super énergie, vint nous rendre visite. Je savais qu’elle allait avoir un grand rôle dans ma vie : elle serait ma future marraine !

Juste à ce moment-là, une armée de dames en blouse vinrent me voir pour me trafiquer de nouveau les bras et à, tout prix, y planter leur aiguille ! C’était l’équipe de « néonat ». Ces soignantes étaient habituées à voir des bébés beaucoup plus petits et plus malades que moi. Les spécialistes des bébés fragiles, comme me disait Maman. 

Pendant qu’elles mes faisaient ces soins, Maman partit avec cette gentille dame, au joli prénom de Graziella. Papa aussi. Maman pleurait autant que moi… Cette fois-ci, elles me firent un pansement du haut en bas du bras gauche, en utilisant une couche (!) pour que ce soit bien rigide et que le cathéter fixé dans le pli de mon coude ne bouge pas, même s’il me venait à l’esprit de gigoter comme un diablotin ! Rien à faire contre toutes ces dames qui me tenaient. Au début, j’ai pleuré, de colère et de peur, plus que de douleur. Puis je me suis laissé faire… Elles m’ont rebranché à la machine. Mon bras gauche redevint inutilisable…

Plus tard, alors que je dormais paisiblement, un monsieur est venu me chercher… J’ai senti dans mon sommeil qu’on m’enfonçait un truc pas agréable dans le dos. Mais cela ne me réveilla pas vraiment…

Ce ne fut que plus tard dans l’après midi que je commençai à ne pas me sentir bien, mais alors pas bien du tout. Ça tapait fort dans ma tête, comme si on m’écrasait le crâne avec une enclume. J’avais mal dans le dos aussi, tout le long de la colonne. Lorsque Maman me soulevait pour me prendre contre elle et me donner le sein, c’était pire. Ça me faisait hurler de douleur.

Et puis, depuis ce matin, en plus, j’avais mal au ventre. Ça tirait, ça gargouillait, comme si mes boyaux allaient exploser. « Mais pourquoi me fait-on si mal ? Je n’ai rien demandé, moi ! Je veux rentrer dans le ventre de Maman, être bien et qu’on me laisse tranquille, comme avant… Aucune douleur, que du bien être. Et pas tous ces humains qui me dérangent tout le temps et me font du mal… »

Heureusement, plusieurs fois en fin dans la soirée, puis en cours de nuit, on me donna un sirop sucré à sucer dans une tétine de biberon. C’était un peu comme le lait de Maman, mais en moins liquide, plus collant et pâteux. J’aimais bien le goût. Et peu de temps après, je me sentis étrangement mieux, comme si la douleur s’estompait pendant un petit moment. Je pus me rendormir. Mais elle revint rapidement me réveiller de nouveau…

Vendredi 26 janvier 2018

Après la nuit, la douleur continua, le sirop sucré aussi… Le soir, Papa me donna un biberon. Il m’expliqua que, comme ça, Maman pouvait se reposer un peu, car la nuit avait été difficile pour elle aussi. Quand je n’étais pas bien et ne dormais pas, elle ne dormait pas non plus. Le ventre me faisait toujours aussi mal. Mais la tête et le dos, ça allait mieux, ouf !

En soirée, pendant notre sieste commune de fin de journée, nous reçûmes une nouvelle visite, celle de Christophe. C’était un ami de Maman. Il avait illustré son dernier livre : « Diamor, conte nanotechnologique ». A propos de ce livre, il était sorti quelques jours avant ma conception. Comme si, une fois ce dernier « bébé » terminé, accouché, Maman pouvait enfin tomber enceinte d’une être humain, en chair et en os !

Samedi 27 janvier 2018

Au cours de la nuit et le lendemain matin, j’allai mieux. Enfin, un peu…. En tout cas, je mangeai et dormis mieux. Mais l’après-midi, j’eus de nouveau le ventre qui gargouilla fort. Le caca sortait comme d’un karcher et me brûlait ! Je criais, je criais, je criais… Maman me donna le sein, pour tenter de m’apaiser. Téter me calma momentanément. Mais dès que j’arrêtais de téter, j’avais de nouveau mal. Et j’avais d’autant plus mal, paradoxalement, que mon ventre se remplissait. Alors qu’il me faisait déjà mal lorsqu’il était vide. Je tétai jusqu’à ce que Maman ait les seins vides, puis Papa prit le relais et me donna un biberon, comme la veille. Je reconnus au goût que c’était le lait de Maman. C’était juste la tétine qui était différente du téton. Quand je « tchouquais », le lait sortait et me détendait temporairement. 

Je bus, je bus, jusqu’à plus soif. Dès que j’arrêtais de téter, j’avais de nouveau mal. Mais mon estomac finit par être rempli à raz bord, prêt à exploser ! Et ça ne rata pas ! Soudain, je vomis tout d’un trait, comme le jet d’une fontaine ! Et lorsque Maman me changea, mon cucu lui gicla dessus comme un lance flamme ! 

En réalité, leur super antibio m’avait déglingué le ventre et avait fragilisé mon appareil digestif. J’avais attrapé un vilain virus intestinal qui traînait dans le service pédiatrie. Le virus de la gastro ! Janvier, c’était son mois faste ! Il se régalait à contaminer autant de tubes digestifs qu’il pouvait ! C’était à cause de lui que je me vidais ainsi des deux cotés à la fois et que j’avais mal au ventrou en permanence, qu’il soit vide ou plein…

Le seul côté positif de la situation ? Cette vilaine perfusion me permettait de resté hydraté, alors que je me vidais de tout le liquide que j’ingérais. Chez les petits comme moi, la gastro s’avérait très dangereuse à cause du risque de déshydratation intense qu’elle entraînait. La perfusion me déversait du liquide physiologique h 24 dans les veines, donc pas de risque de manquer d’eau dans mon cas ! Ouf ! 

Une fois qu’ils eurent confirmé la présence de ce virus dans mes selles (vertes depuis le début des antibios au lieu du beau jaune doré des selles de bébé allaité), ils me donnèrent une tétine de biberon pour que je me calme. « Tchouquer » libérait des endorphines capable de calmer la douleur… Papa parti alors vite acheter ma première « suçu ». Elle portait comme inscription : « Je t’aime Maman ». No comment. Une évidence… 

Ce jour là, je reçus d’autres jolis cadeaux. Laure, une amie de Maman qui adorait les animaux, notamment les chevaux, vint passer un peu de temps avec nous. Elle nous offrit deux très cadeaux très originaux. Pour moi, un énorme nounours de la forme et de la taille d’un coussin. Un coussin-doudou ! Je pouvais dormir dessus pour le moment, et je le prendrais à bras le corps dans quelques mois ! Pour Maman, un double cadre dans lequel insérer un portrait de moi, ainsi qu’une empreinte de ma petite main… Maman fut très touchée par ces cadeaux que nous allions garder très longtemps…

Dimanche 28 janvier 2018

J’avais toujours mal au ventre. Saleté de virus, il voulait ma peau ! Cela ne suffisait pas que j’aie à me battre contre cette vilaine bactérie ! Maman avait eu des diarrhées dans la semaine. Peut-être avait-elle eu la gastro avant moi. Ce serait cool, comme ça elle me transmettrait des anticorps dans son lait et je guérirais très vite. Car il n’y avait pas de médicaments contre les virus… Il fallait subir et attendre. Renforcer autant que possible son immunité. Mais moi, j’avais la chance d’avoir toutes les défenses immunitaires de Maman qui pénétraient dans mon corps et m’aidaient à lutter contre les vilaines maladies lorsque je buvais son lait.

Pour couronner le tout, ce matin mon cathéter sortit de nouveau de la veine. Impossible, pour les infirmières du service, de remettre la perfusion. L’équipe de « néonat » revint à la charge ! Branle-bas de combat pour replanter une nouvelle aiguille dans mes minuscules veines sans qu’elles explosent. Ce ne fut pas simple. L’antibiotique rendait les parois de mes veines plus fragiles qu’elles n’était déjà chez un nouveau-né, comme moi, âgé d’à peine quelques jours… Dès qu’on m’insérait une aiguille, Paf !, la veine éclatait. Il fallait percer ailleurs… « J’en ai marre !!! J’ai mal… Maman ! Pourquoi ??? »

Maman était à genoux… Quelle semaine éprouvante pour elle, pour moi, mais aussi pour Papa… Je la sentis de nouveau au bord de la crise de larmes… Papa n’en pouvait plus non plus, à force de se faire du souci et de se réveiller à cause de moi la nuit. Il dormait toutes les nuits sur la couchette dans la même chambre que nous. 

Semaine du 29 janvier 2018 : début d’une nouvelle semaine à l’hôpital… 

(Je pèse 3,350 kg)

Lundi 29 janvier 2018

Voilà une semaine que nous avions élu domicile dans cette chambre. Maman et moi, nuit et jour. Papa, de temps en temps. Il faisait le coursier, profitant de ses retours quotidiens à la maison pour faire de petites siestes et s’occuper de Yuki, le chat, mon futur copain.

J’eus très mal au ventre l’après-midi, mais ça se calma vers le soir. Et aujourd’hui, ce fut au tour de Papa d’être attaqué par la gastro ! Du coup il resta seul à la maison…

Nous eûmes aussi deux nouvelles visites. Celle de Sylvie, une amie de Maman, le matin. Elle nous amena aussi de beaux cadeaux, notamment des chaussettes super mignonnes, avec une tête de chien en 3D sur chacune d’elle. Sylvie adorait les chiens… Puis, l’après-midi, ce fut au tour d’Audrey, une ancienne élève de Maman, devenue rapidement son amie et désormais infirmière ! Elles parlèrent du milieu médical et je reçus une belle tenue de petit gars. 

Mardi 30 janvier 2018

Papa ne vint pas pendant plusieurs jours. Comme il ne savait pas s’il avait contracté le même virus que moi, il craignait de me le transmettre alors que je commençais tout juste à aller mieux. 

Aujourd’hui, nous eûmes la visite de Catherine, la grand-mère d’une des élèves de Maman. Elle essaya de passer incognito dans l’hôpital, où elle était connue comme le loup blanc, du fait d’une carrière dans l’administration du milieu médical. Elle apporta des oranges à Maman, des vitamines bienvenue au cœur de l’hiver.

Mercredi 31 janvier 2018

Le matin, nouvelle visite de Philippe, qui se faisait un peu de souci pour nous et voulait aussi donner des nouvelles à Maman de sa chère Kolina.

L’après-midi, ce fut de nouveau au tour de Mamie Yvonne, la maman de Papa, ainsi que sa fille et ma tante Michelle, de venir nous voir. Cela eut lieu juste après la visite éclair de Papa. Il était venu deux minutes pour faire un bisou à Maman. Il n’était pas resté plus et ne s’était pas approché de moi, de peur de nous contaminer avec sa gastro. Du coup, il était reparti dormir à la maison. 

Jeudi 1er février 2018

Graziella revint nous voir, elle aussi. Le jeudi, c’était son jour de repos. Elle amena Maman faire un tour, pour la première fois à l’extérieur des locaux de l’hôpital, sur la pare-terre, devant l’entrée. Maman prit alors un casse-croûte au soleil, ce qu’elle ne s’était pas autorisé depuis ma naissance, malgré le beau temps, étonnamment chaud et ensoleillé, en plein cœur de l’hiver. 

Et ce jour là, Papa fit enfin son retour et partagea une longue sieste du soir avec nous deux. Puis il rentra quand même dormir à la maison car il avait repris le travail. Le congés paternité était terminé. Et passer des nuits blanches quand on travaillait physiquement comme lui, ce n’était pas top… 

J’ai aussi oublié de vous expliquer le déroulement de nos nuits, toujours les mêmes… On me mettait l’antibio dans la perf toutes les huit heures. Ça tombait, du coup, deux fois pendant la nuit. A 22h et à 6h ou à minuit puis à 8h. Parfois ça me réveillait, parfois non. Maman, par contre, était toujours en veille quand on venait faire mes soins. 

Lorsque l’antibiotique rentrait dans ma veine, ça brûlait… Souvent, l’aiguille se bouchait à moitié, ils devaient alors défaire puis refaire mon pansement, après avoir vérifié l’embout… Bref, c’était super galère, quinze jours de perf pour un nouveau-né. Je n’osais même pas imaginer comme ça devait être pénible pour un prématuré, un bébé qui ne devrait vraiment pas du tout être sorti du ventre de sa maman ! Chez lui, rien n’était prêt pour la vie « terrestre ». Tous les soins devaient être encore plus douloureux, sa sensibilité forcément exacerbée… Cette réflexion me permettait de relativiser…

Sinon, ici, la vie s’organisait. Maman était fatiguée, mais elle avait pris un rythme, comme à la clinique. Elle marchait davantage et se tenait plus souvent debout. Moi, je préférais quand elle restait à côté de moi. Sur son fauteuil et moi sur le coussin, contre son ventre. Ou alors dans le lit. Elle me mettait alors aussi dans le coussin d’allaitement. Ça me faisait comme un cocon.

On passait de meilleures nuits. Je me réveillais. J’avais faim. La couche qui piquait. Maman me changeait. Je tétais. Je me sentais bien et finissais par m’endormir. Elle me posait pendant mon sommeil et on se rendormait tous les deux.

Vendredi 2 février 2018

Papa vint nous voir un bon moment en fin de journée, après le boulot, comme la veille. Ce soir, il devait ensuite partir pour Font-Romeu, m’expliqua Maman, pour y travailler dès l’aube. Car mon Papa, il était aussi moniteur de ski ! Il avait déjà des cours le samedi matin. Et en février, une grosse saison l’attendait. 

Cette nuit, je fus de nouveau agité. Je savais que le lendemain on allait rentrer à la maison pour de bon. J’étais excité, même si j’avais un peu peur… Maman aussi. Elle attendait, comme moi, cette délivrance avec un mélange d’impatience et d’appréhension. Ici, elle était aidée au moindre problème, mais, par contre, sans cesse dérangée. Sans oublier l’enfermement, nuit et jour, malgré le beau temps, dehors. A la maison, on serait seuls tous les deux (ou trois quand Papa rentrerait du travail), mais tranquilles et libres…

Samedi 3 février 2018 : sortie !!!

Papa redescendit de la montagne en fin de matinée pour venir nous chercher !. Quand l’équipe soignante m’enleva le pansement, puis le cathéter avec l’aiguille, ce fut la délivrance pour tout le monde ! Moi le premier !

Papa et Maman m’installèrent ensuite dans le couffin de la poussette, juste derrière eux, dans la voiture. J’étais bien emmitouflé dans un gros pyjama polaire avec capuche. Je me sentis en sécurité.

A la maison, je dormis toute l’après-midi. J’étais heureux et soulagé. Toutes ces mauvaises énergies qui nous avaient poursuivis et submergés depuis le jour de ma naissance, on les avait laissées là bas…

La nuit, ce fut plus compliqué pour moi. Ce n’était pas comme d’habitude. Maman m’avais mis dans le couffin en osier, juste à côté de leur lit. J’étais stressé, sans trop savoir pourquoi. Le changement de lieu. Et puis, la tension des trois dernières semaines (mes trois premières semaines de vie terrestre !) retombait enfin… Moi, bébé, je ne pouvais évacuer ces stress et tensions qu’en déchargeant, par des pleurs et de l’agitation…

Dimanche 4 février 2018

Je dormis très bien ce matin. Maman m’expliqua qu’elle pouvait enfin aller voir son autre bébé, Duende. Elle y retrouva Agnès, la marraine de Duendinou, qui l’aida pour les tâches que sa cicatrice l’empêchait pour l’instant de faire seule… Elles lui firent un gros pansage, de la tête aux pieds, et lui coupèrent la crinière qui avait bien poussé. Puis, après l’avoir laissé se défouler dans la carrière, elles partirent se promener à pied avec lui, tranquillement, au rythme de Maman, en plein convalescence. 

Duende, ce serait mon futur cheval… C’est Maman qui le l’a dit ! Ce fut la première fois, depuis ma naissance que Maman et moi étions séparés si longtemps et que je restais avec Papa. Seul avec mon papa, comme l’heure qui suivit ma naissance…

Semaine du 5 au 11 février 2018

(je pèse 3,910 kg)

Lundi 5 février 2018

Laure, la sage femme, est venue à la maison. Cela faisait exactement deux semaines depuis notre dernier rendez-vous… Juste avant le départ aux urgences, sur son conseil avisé…

J’avais les fesses rouges, qui brûlaient beaucoup, beaucoup, beaucoup. J’avais attrapé une mycose ! Il ne manquait plus que ça ! Moi qui croyais enfin en avoir fini avec toutes ces vilaineries !!! Les puissants antibios avaient tué les bonnes bactéries de mon tube digestif. Elles ne purent donc pas me protéger contre ce méchant champignon toxique. J’en avais du haut en bas du tube digestif : de la bouche à l’anus ! Du coup, j’avais la bouche et le cucu qui brûlaient fort et de nouveau un peu mal au ventre. Mais j’avais faim, je tétais quand même. Et quand je faisais caca, ça me faisait mal…

Maman, quant à elle, avait le téton droit contaminé ! Celui que je tétais le plus, celui qui donnait le plus de lait… Je sentais qu’elle avait mal, surtout quand je commençais à téter… Elle se contractait et serrait les dents. 

Décidément, le sort s’acharnait sur nous ! Ne pouvait-on pas être un peu tranquille ? Se sentir juste bien ???

Laure nous prescrivit une crème pour mon derrière et une autre pour le téton de Maman, qu’elle devait nettoyer avant chaque tétée ! Trop simple, encore une fois !!!

Mardi 6 février 2018

Avec Maman, on se rendit chez un gentil monsieur. Il me tripota et me malaxa dans tous les sens. Parfois c’était agréable, parfois non. Il mit longtemps ses mains sur ma tête. Là où j’avais eu la ventouse. Du coup, ça faisait du bien. C’est comme s’il avait voulu m’enlever le souvenir de ce qui était arrivé avant ma naissance… 

A la fin de la séance, je me sentis très fatigué, épuisé même, mais tous les nœuds et les tensions étaient partis. J’étais une vraie poupée de chiffon, j’avais un besoin irrépressible de dormir. Moi, je le savais déjà, Maman l’espérait, cet ostéopathe-kiné allait avoir un rôle important dans ma vie. Comme la gentille dame à l’hôpital. Jean-Philippe allait devenir mon parrain… Il dégageait et transmettait de la super énergie. Je l’aimais déjà ce JP !

Mercredi 7 février 2018

Ma gastro n’était toujours pas finie. Je n’en parlais plus ces jours. Mais il était de retour, ce virus retors. J’avais mal au ventre. Maman m’amena chez la sage femme. C’était toujours la conséquence des antibios, cela finirait par passer… Mon système digestif en avait pris pour son grade. On me prescrivit des probiotiques pour que la flore se rééquilibre et se renforce. Bientôt un mois que j’avais attrapé cette cochonnerie d’E Coli…

L’après midi, Maman expliqua des maths à une de ses élèves qui avait bac blanc après les vacances scolaires. Les élèves de Maman avaient eu du mal à se passer de son aide ces dernières semaines… J’avais mangé juste avant. Je restai calme dans mon couffin et dormis paisiblement. Je les laissai travailler tranquille, sans les déranger… 

Jeudi 8 février 2018

Maman m’amena pour la première fois chez le pédiatre. On attendit presque deux heures dans une salle, pleine d’enfants très agités. Moi, je dormais, mon activité favorite.

La pédiatre – c’était une dame – me fit déshabiller, me mesura, me pesa, me regarda sous toutes les coutures. Cela me rappela les femmes en blouses de l’hôpital ! Pas un super souvenir…

Maman lui raconta brièvement comment s’était déroulé ma naissance, puis le séjour à l’hôpital, sans oublier la récente mycose. La pédiatre prescrivit, à son tour, une pommade pour les fesses, car celle de la sage-femme ne les a pas encore guéries… Elles étaient toujours écarlates et très douloureuses.

Je l’aimais pas trop cette dame… J’avais un mauvais feeling, je ressentais de mauvaises énergies émanant d’elle. Elle était pressée, tendue, et même à côté de son job ! Je préférais de loin le kiné, le personnel de l’hôpital et celui la maternité. Tous avaient été beaucoup plus concentrés sur ce qu’ils faisaient et vraiment très pro. Elle ? On aurait dit qu’elle se foutait complètement de moi et de mes soucis ! 

Vendredi 9 février 2018

Maman m’expliqua que son amie cavalière, Sophie, avait accouché aujourd’hui d’une petite fille, Thaïs. Un jolie bébé, juste à terme, de 4,5 kg ! Avec plein de cheveux !!! Son troisième amour… 

Ce soir, Papa partit de nouveau au ski… Il fit ses sacs pour plusieurs semaines, cette fois-ci. Je perçus une forte agitation dans la maison. Mes parents étaient tristes de devoir se laisser pendant si longtemps. Papa surtout, car il ne me verrait pas pendant quelques temps… Mais ce qui le rassurait, c’est qu’il savait que Maman s’occuperait très bien de moi et que nous en manquerions de rien… sauf de sa présence.

Samedi 10 février 2018

Une autre jeune fille vint faire des cours de maths avec Maman. Une gentille dame s’occupa de moi pendant ce temps. C’était sa grand-mère, Catherine. Je la connaissais déjà, elle était venue nous voir à l’hôpital ! Elle me berça quand je ne dormais pas, pour que je ne dérange pas Maman et son élève. Une fois qu’elles furent reparties, les parents de Maman, Oma et Grand-pa, arrivèrent. Ils venaient pour me voir et aider Maman à la maison. Et aussi pour me garder pour que Maman puisse aller voir ses deux autres gros bébés, Duende et Kolina…

Aujourd’hui, un autre bébé fit son entrée dans la famille. Lou, la fille d’Isabelle, la cousine de Maman. On a moins d’un moins d’écart ! Ce petit bout de fille a débarqué sur Terre comme le voulait sa maman, le plus naturellement possible. Un super accouchement, sans péridurale. Dans la douleur, certes, mais avec un minimum d’effets secondaires, autant pour la maman que pour le nouveau-né. Un accouchement exactement comme il avait été voulu et préparé… avec un sage-femme homme ! Rien à voir avec celui de ma maman à moi…

Dimanche 11 février 2018

Ce soir, il y a un mois exactement que j’ai atterri sur cette sacrée planète…

Dans l’après-midi, Maman alla voir son autre très, très grand bébé : sa chère Kolina. Elles avaient un besoin vital de se voir. Elle s’y rendit seule, sans Philippe, ni Noémie, car elles avaient besoin de n’être que toutes les deux. A elle aussi, Maman fit un long et gros pansage. Elle lui nettoya et graissa même les pieds, alors qu’il lui était encore pénible de se pencher. Mais c’était sa Koko, son double, son alter ego… Ensuite, Maman lui demanda quelques exercices en longe que Kolina exécuta avec grâce, gentillesse, trop heureuse d’avoir de nouveau à faire qu’à sa maman. Elles partirent se balader à pied, ensuite, Maman ne pouvant pas encore remonter à cheval. Cela faisait plus d’un mois qu’elles ne s’étaient pas vues… Une très longue séparation, plus longue que toutes celles qu’elles avaient endurées depuis qu’elles se connaissaient. Maman avait rencontré Kolina en décembre 2009, il y avait donc 8 ans… Une longue histoire d’amour <3.

Ce sont Oma et Grand-Pa qui se sont occupés de moi pendant son absence, surtout Oma. Elle m’a donné à manger au biberon, comme Papa à l’hôpital. Et Grand-Pa m’a fait faire le rot ! Maman s’était débrouillée pour que son lait soit dans un biberon. Trop forte, cette maman ! Comme ça, même si elle n’était pas là, je pouvais tranquillement boire son lait…, mon breuvage unique et favori !


Compétences

Posté le

25 janvier 2019

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