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JOURNAL DE BORD D’UN PETIT ANGE tombé sur Terre -17-

EPISODE 17 : MON 17ème MOIS

– je pèse 13 kg, je mesure 81 cm et mon tour de tête fait 51 cm – 

Samedi 11 mai 2019 au soir, j’ai eu exactement 16 mois.

Fin de semaine du 6 au 12 mai 2019

Samedi 11 mai 2019

Hier soir, vendredi, une fois n’est pas coutume, Maman n’a pas écrit avant de dormir mais a regardé « Candice », une série qu’elle aimait bien, avec Papa. Une soirée câline pour eux, rare depuis mon arrivée, notamment à cause de l’allaitement puis de l’instauration du tire-lait (dernier tirage après mon coucher, donc super rituel pour clore la soirée des parents !).

Papa m’a couché vers 20h15, j’ai dormi 11h d’affilée, même si j’ai crié dans mes rêves vers minuit et 4h et que je les ai réveillés…

Cette nuit, il a enfin et beaucoup plu. Cela fit très plaisir à Maman. Pas besoin d’arroser les dizaines (douze douzaines !) d’arbustes au terrain dans les jours à venir :-). 

Journée avec Papa. Sieste le matin et l’après-midi. Visite à ma mamie chérie, après le goûter, le rituel. Maman, en rentrant du boulot (tôt pour une fois) est allée planter les caroubiers à son terrain (plus d’une douzaine).

Ce soir, j’étais très excité. C’était mon « mois-iversaire ! » Et cela faisait deux ans que Maman commençait à se douter que j’étais là ! 

Par contre, j’avais aussi les dents qui me travaillaient. Du coup, j’eus besoin de longs câlins et de berçages plusieurs fois après mon deuxième bibi pour m’endormir enfin, beaucoup plus tard que d’habitude.

Je me suis réveillé à 1h en pleurs. Maman et Papa ont tenté le doli, mais à 3h, sans m’être rendormi entre temps, je les ai rappelés. Trop pas bien. Maman a demandé à Papa de refaire encore un bibi. Je me suis descendu les 300 mL !!! Et j’ai super bien dormi… jusqu’à 8h le lendemain.

Dimanche 12 mai

Maman a fait un triste rêve cette nuit.

Son frère, Pascal (celui qui ressemblait le plus à son père) était mort brutalement. Tout le monde le savait. Mais Maman l’apprit en dernier. Comment cela était-il possible ? Aucune réponse. Un rêve rapide, qui lui signalait juste une seconde disparition. Avec exactement une semaine d’avance. L’absence d’un être cher qu’elle n’avait peut être pas assez pris en considération ces derniers temps… Quoi qu’il en soit, Maman ne comprit pas bien ce rêve. Mais exactement une semaine plus tard, il prendrait tout son sens…

Ce matin, Maman dût travailler malgré la fatigue occasionnée par cette nuit agitée. Après mon repas avec Papa, Maman était déjà de retour. On a fait la cuisine et arrosé le jardin tous les deux.

Ensuite, j’ai de nouveau eu du mal à m’endormir. Pourtant, pour la sieste de l’après midi, c’était rare. Maman, au bout d’une heure, me fit un bibi dans le grand lit de ma chambre… Et elle s’endormit presque en même temps que moi. Pendant que je faisais la sieste, Maman alla dormir dans le lit des parents, dans le salon. 

Maman, je sentais qu’elle n’était pas bien, elle était « out », vidée, au bout du rouleau, elle avait envie de rien. Le seul remède, pour elle comme pour moi, c’était de dormir. Papa, pendant ce temps, en profita pour faire de la slack-line. C’est lui qui me proposa le goûter, car maman n’arrivait pas à sortir du lit. Je râlais, je n’avais pas faim. Maman avait très mal au ventre et à la tête, sans savoir pourquoi.

Soudain, elle ressuscita, aussi brusquement que moi, et vint, avec moi et Papa, sur notre jardin terrasse, rempoter des plantes et désherber ! Puis on remplit les bouteilles pour le terrain et on les y amena. Moi, j’en ai profité pour buller dans le siège auto, peinard, avec doudou Ganesh et ma suçu.

Maman me coucha tôt, après un gros bibi, je m’endormis de suite, apaisé. Ce soir, avec 10 jours d’avance par rapport aux mois précédents, elle mit en ligne le récit de mon 5ème mois. Elle voulait absolument finir pour mon « mois-iversaire ». C’était presque réussi, à 24h près.:-) 

Semaine du 13 au 19 mai 2019

Lundi 13 mai 

Comme je me suis réveillé de nouveau tard, vers 9h, pas de sieste matinale. Au lieu de cela, Maman m’amena chez le notaire. La salle d’attente était un endroit étrange où régnait un silence presqu’embarrassant. 

Sur les sièges étaient assis des gens taciturnes avec des dossiers à la main. Deux dames âgées me regardèrent en souriant lorsqu’elles découvrirent ma frimousse d’ange… On dit à Maman que le clerc de notaire était au téléphone, on la pria de patienter un peu. Patienter, ce n’étaitt pas mon fort à Maman et moi. Mais comme Maman me parlait doucement à l’oreille et me priait de rester sagement assis sur ses genoux, je pris mon mal en patience un moment. Je souriais aux deux dames (les hommes m’ignoraient, sans doute jaloux, hihi !) et elles me rendaient mes sourires au quintuple !

Nous avons dû partir avant d’avoir la réponse à la question de Maman (au sujet de ma maison de St Laurent). Une histoire de changement de destination que je n’ai pas trop compris… Il fallut partir. Maman me déposa chez Nanou, puis attaqua courageusement sa grosse journée de travail (11h – 21h).

Dalila, une mère d’élève qui adorait Maman depuis qu’elle la connaissait et qui avait découvert ses écrits en lisant mon journal sur le blog du site d’auteur de Maman, lui acheta plusieurs livres : « Carlène » et les deux tomes des « Conversations entre Maylen’ et Kaolin‘ ». Maman et Dalila s’aimaient bien. Elles s’étaient découvertes des points communs, au niveau spirituel, notamment. Dalila était devenue chamane bien des années auparavant, après avoir eu besoin de trouver un sens à sa vie. Trop d’éléments étaient compliqués dans son existence : sa relation avec ses parents, le fait d’être devenue maman jeune, etc… Elle avait, d’autre part, eu besoin d’unifier ses différentes visions des religions, de trouver une unité, une universalité dans la spiritualité. Le récit de ma relation avec Maman l’avait beaucoup touchée : nous sommes si fusionnels et connectés, non seulement entre nous mais aussi à l’autre dimension <3.

Le soir, Papa et Maman regardèrent une autre série ensemble : le premier épisode de la nouvelle saison de « Clem ». Cela ne leur ressemblait pas. Depuis ma naissance, Maman ne regardait plus du tout la télé. A la place, elle écrivait tout le temps. Mais là, depuis l’écriture de la fin de mon 5ème mois, elle avait un coup de mou, comme une démotivation, due en fait à une énorme fatigue. 

Mardi 14 mai

Je me suis encore réveillé cette nuit à cause des dents. Vers 4h et il m’a fallut pas moins du doli, d’un bibi entier et un long long câlin, pour que je parvienne à me rendormir. Maman piqua grave du nez aussi…

Aujourd’hui, tata Sophie fêtait son 34ème anniversaire. 

Le 14 mai, c’était une date forte en émotion pour Maman. Cela faisait deux ans exactement que Maman avait fait un test de grossesse qui s’était avéré positif :-). Elle avait ainsi confirmé son ressenti, son pressentiment… J’étais là, tout petit, en elle, depuis trois semaines déjà… Quatre ans plus tôt, elle s’était cassé la clavicule. Cinq ans plus tôt, tata Sophie était revenue de Guadeloupe dans des conditions bien particulières et pas très agréables. Du coup, Maman appréhendait un peu cette date.

Ce matin, tout est allé très vite. Je me suis réveillé à 8h15 : bibi, habillage et hop ! voiture et chez Nanou ! Maman devait amener la voiture à la vidange. Elle m’a expliqué que c’était long, et qu’elle ne pouvait pas m’amener. D’autant qu’elle devait aller en cours directement après…

Pendant la vidange, Maman se remit au travail pour mon journal et rentra dans l’ordi presque tout le texte du 6ème mois. Elle écrivait toujours le premier jet à la main, c’était plus simple, plus spontané. Puis, elle le tapait et le corrigeait à l’ordi. Maman, c’était une écrivaine à l’ancienne. C’était toujours avec un papier et un stylo que ça lui allait le mieux pour écrire.

Du coup, ce matin, on a eu du temps chez Nanou avant le repas. J’ai joué avec Zoé, qui était sympa avec moi ce coup-ci. Je commençais à l’apprivoiser… Pourtant, elle était sauvage ! Ça avait pris du temps et j’avais encore du pain sur la planche pour la convaincre de jouer avec moi comme le faisait spontanément ma chérie, Maëlys, depuis toujours.

Nuit encore chargée, tant pour Maman que pour moi. J’ai eu du mal à m’endormir, j’avais mal aux dents, je râlais beaucoup. A 1h je me suis réveillé, doli, mais j’ai refusé le bibi. J’étais sur les nerfs, je me cambrais. Maman eut beaucoup de mal à me calmer, la seule chose qui marchait, c’était le ballon. Ça me berçait en me rappelant mes premières balades à cheval, in utero…

Mercredi 15 mai

Maman a encore fait un drôle de rêve cette nuit-là. Cette fois-ci, Maman rêva que toute la famille se rassemblait, d’un coup, de façon rapide, imprévue. Plusieurs cousins arrivaient en train : David, Olivier et Isabelle avec leurs enfants respectifs. Isabelle, étrangement, tenait un nouveau-né dans les bras, un petit garçon dont tout le monde ignorait l’existence.

Pourquoi ce rêve ? Ce grand rassemblement familial, soudain, où tout le monde débarque de toutes parts… Et pourquoi ce petit garçon ?

Dans la journée, Maman envoya un message à sa cousine Isabelle qui lui confia qu’elle aussi avait fait un rêve quelques jours auparavant, dans lequel elle avait un petit garçon ! Sacrée synchronicité ! Allez comprendre…

Dans la journée, Maman communiqua avec tata Sophie qui répondait à ses messages d’anniversaire. Elle parlèrent bébé, grossesse, famille, etc… Et surtout elles se réconcilièrent et enterrèrent leur différent de Noël. Une histoire d’incompréhension très bête… Bref, la paix était rétablie entre les sœurs.

Moi, le matin, je suis allée chez Nanou, après la sieste. Je m’étais de nouveau réveillé de bonne heure, à 7h. On est allé au parc avec Maëlys et Nanou. J’ai fait du toboggan, j’adorait ça ! Et du cheval à bascule qui ressemblait à une moto. On s’est éclaté !

Maman a fait de la gym ce soir : abdos fessiers. Depuis ma naissance, avec la fatigue et le manque de temps, elle ne s’occupait pas beaucoup de son corps…. Elle voulait retrouver son ventre et ses fesses d’avant grossesse…

Ensuite, Maman n’eut toujours pas envie d’écrire. Elle avait besoin de coucouner avec Papa. Ils regardèrent un autre épisode de « Clem ». Moi, je me suis réveillé à minuit, toujours les dents, ça me rendait fou. Maman me donna du doli et me berça une heure durant pour que je me calme et retrouve le sommeil…

Jeudi 16 mai

Je me suis réveillé tard, du coup, à 8h30. On est allé rapidement chez Nanou. Après, Maman voulut profiter de son Duendinou d’amour. Grande balade direction plage mais pas jusqu’au bout. Au début, Monsieur était distant, puis il se rapprocha de nouveau de Maman :-).

Ensuite, Maman passa au terrain arroser et nettoyer un peu.

Le soir, je me suis endormi nickel avec bibi et câlins de Maman.

Vendredi 17 mai

Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de Duende. Il avait 6 ans… Déjà un grand garçon :-).

Cette nuit, j’avais enfin super bien dormi. Le matin, en m’habillant, Maman me montra des bobos que je m’étais fait sur les genoux et je répétais direct « bobo » :-). Pas de sieste, mais une sortie à la mairie.

Maman était stressée. Elle devait voir le service de l’urbanisme pour sa maison. Mais elle voulait d’abord voir l’adjointe au maire, qu’elle connaissait grâce à ses livres et qui l’aimait bien. Maman avait organisé, grâce à elle, une séance de lecture quand j’étais encore dans son ventre, en novembre 2017.

Comme il pleuvait, Maman me prit sur le « portabébé », autour de sa taille, me mit un imperméable et tint un immense parapluie, au dessus de ma tête. Moi, j’adorais tenir le manche, je me sentais super puissant. Quand je bougeais la main, le parapluie bougeait aussi ;-).

En rentrant dans la mairie, Maman avait l’intention de demander à parler à Marlène. Quand soudain la porte d’entrée s’ouvrit et entra Marlène en personne ! Comme si nous avions rendez-vous !!! Elle était contente de nous voir et de me voir si grand ! La dernière fois, aux Bacchanales, j’avais deux mois ! Elle a craqué sur mes beaux yeux bleus. Elle avait trois enfants, comme tonton Pascal : deux filles et un garçon. Très rapprochés : trois ans d’écart entre l’ainée et le benjamin. Elles ont parlé de moi… Puis Maman et moi sommes allées dans le bureau de Marlène. Maman lui a exposé à la fois son problème de maison et son envie de faire une séance de dédicace dans la nouvelle médiathèque, ouverte depuis peu, mais dont l’inauguration n’avait pas encore eu lieu.

Maman alla voir la dame de l’urbanisme, qui avait une très mauvaise nouvelle à lui annoncer. Décidément, c’était une mauvaise semaine pour les affaires de Maman. Le van et sa maison lui posaient des difficultés qu’elle ne soupçonnaient pas. Elle qui comptait sur ces deux ventes pour se refaire une santé financière et aller de l’avant dans ses projets… Je la sentait vraiment déçue… Mais elle se fit rapidement une raison. « Plaie d’argent n’est pas mortelle », il y avait plus grave dans la vie. 

En rentrant, on est passé à la pharmacie du Barcarès avant d’aller chez Nanou. J’ai de nouveau pu, fièrement, tenir le grand parapluie de Maman !

Comme il pleuvait, Maman n’a pas pu aller voir ses chevaux, ni avancer au terrain. Elle était dégoutée. Quelle mauvaise semaine pour elle… Le seul jour où elle avait vraiment le temps de travailler au terrain ou de s’occuper correctement de Kolina, la météo le lui interdisait.

Maman n’aimait décidément pas cette semaine. Elle la sentait mal. Remplie d’énergie trop fortes, négatives, incontrôlables…

Elle essaya d’en tirer profit. Au lieu d’avancer la suite de mon journal qu’elle n’arrivait décidément vraiment pas à démarrer, elle se mit à corriger et terminer le texte qu’elle voulait offrir à Oma pour la fête des mères, dimanche 26. Puis elle se refit une séance de fitness, surtout fessier.

Comme elle rentrait tard, Papa m’a mis au dodo. Mes dents me faisaient moins mal, j’ai dormi super bien de 21h à 7h30.

Samedi 18 mai. JOURNÉE MÉMORABLE

Cela fait exactement deux ans que Papa est rentré de régate et que Maman lui a annoncé qu’elle était enceinte. Une date remplie d’émotions et de souvenirs. Le début d’un énorme chamboulement pour Maman et Papa : plus rien ne serait jamais comme avant, ils le savaient mais sans pouvoir se l’imaginer concrètement. Je n’étais alors qu’un minuscule poisson tout au fond du ventre de Maman. Je la fatiguas beaucoup et j’avais fait tripler ses seins de volume. A part ça, rien de spécial, finalement !!!

Il y avait exactement un an, Manon, la fille d’Anna, une cavalière que Maman connaissait depuis un certain nombre d’années, quittait ce monde, à un âge beaucoup trop précoce. Un autre événement fort en émotions et touchant à l’existentiel, à la vie et à la mort…

Maman apprendra quelques jours plus tard que tante Pierrette, la tante de Grand-Pa (c’est-à-dire la femme du frère de son père Jean, le grand-père de Maman) était décédée le 18 mai 2009, il y avait exactement 10 ans de cela…

Grosse journée de cours pour Maman. Sieste difficile le matin pour moi. Je suis resté avec Papa, comme tous les samedis. On est allé voir Mamie, trop heureuse de me voir.

Ce soir, comme la veille, Maman était rentrée trop tard pour la série « Candice » qu’ils aimaient bien tous les deux. Maman et Papa regardèrent les deux derniers épisodes de la saison en replay. Stressant. Antoine passait à deux doigts de la mort. Il fit une expérience de sortie de corps (EMI) au cours de laquelle il parla avec Candice. Tous deux se rapprochèrent enfin et laissèrent parler leur cœur. Un épisode différent qui faisait intervenir, un fois n’est pas coutume, l’au delà…et l’amour véritable. Étrange qu’ils regardent cet épisode justement à ce moment précisément…

Vers 22h30, les parents avaient terminé leur série. Maman fut alors saisie d’interrogations étranges au sujet de la mort, qu’elle partagea avec Papa.

« Tu as déjà vu un vrai mort ? demanda-t-elle à Papa. Moi jamais…

– Oui, mon père, ma grand-mère et mon grand-père… Mais ce n’était plus eux. Je ne les reconnaissais plus…

– Et tu as pu les toucher ?

– Non.

– Je te comprends. Moi je n’ai jamais pu toucher mes animaux morts. Je prenais des tissus. Des bouts de bois. Querida, je ne me souviens plus… Je l’ai vue alors qu’elle venait d’être euthanasiée. Elle était juste morte, encore toute chaude… Et pour ce qui est des amis que j’ai perdus, je n’ai jamais voulu voir leur corps car je préférais garder d’eux des souvenirs des vivants qu’ils étaient »

Etrange conversation qui eu lieu au moment même où un être cher passait de la vie à la mort… Mais ça, ni Maman, ni Papa ne le savaient.

Oma essaya de joindre Maman deux fois dans la nuit, à minuit passé. Mais Maman et Papa mettaient leurs deux téléphones en mode avion pour éviter les ondes, la nuit. Ainsi il dormirent tous les deux sans se douter de quoi que ce soit. Moi, je savais… 

Dimanche 19 mai

Ce matin, Papa se réveilla tôt car il partait travailler, bien qu’on soit dimanche. Maman regarda son téléphone et découvrit que sa maman, Oma, avait tenté de l’appeler en pleine nuit. Son cœur se mit à battre à tout rompre. Il était arrivé quelque chose, elle en était sûre, quelque chose de grave… Sur le message rien de précis, Oma demandait juste que Maman la rappelle, car il s’était passé effectivement quelque chose….

Maman appela Oma qui lui annonça que Grand-Pa était parti hier soir, avant qu’elle ne rentre de répétition… Vers 22h30. Maman fut sous le choc !

Papa et Maman décidèrent de partir quand Papa serait rentré du travail. Moi je me suis réveillé tôt et j’ai eu besoin d’une sieste matinale. Pendant ce temps, Maman tenta de faire les bagages, mais elle n’arrivait pas à se concentrer. L’émotion, le choc, envahissaient ses pensées et perturbaient son mental. Elle prévint par sms les proches qui connaissaient Grand-Pa. Sa cousine, Isabelle (la maman de Lou), qui se préparait pour aller au yoga. Du coup, elle promit à Maman de faire sa séance pour Philippe, pour qu’il parte en paix, suivant le désir de Maman. Puis son autre cousine, Astrid, (la maman de Victor).

Ensuite elle appela la maman de Papa, mamie Yvonne, qui était en train de regarder la messe. Elle se demanda pourquoi Maman l’appelait à cette heure-ci…

Parrain Jean-Phi appela justement pendant ma sieste, car il pensait qu’on pourrait se voir ce dimanche… Il rassura Maman. Il lui dit que ce 18 mai avait eu lieu un pic au niveau des énergies christiques et bouddhiques conjointes. Maman ne comprit pas exactement de quoi il s’agissait. Il lui expliqua que c’était un moment où ceux qui doivent partir partent, ceux qui doivent faire du nettoyage le font… Ils en reparleraient une autre fois de façon posée. Maman lui expliqua qu’elle était soulagée pour Grand-Pa : il avait eu la mort qu’il souhaitait. Mais évidemment, le plus dur, c’était pour ceux qui restaient. 

Après mon repas, je suis retourné à la sieste. Papa et Maman ont fait les bagages ensemble. A 16h, ils me réveillèrent car c’était le grand départ. Ils coupèrent ma sieste, commencée tard, pour que je reste calme dans la voiture. On a fait une pause goûter rapide, entre deux averses.

Maman passa beaucoup de temps au téléphone, notamment pour annuler tous les cours du lundi, mardi, mercredi…

« Bonjour, je ne pourrai pas assurer mes cours lundi (ou mardi, etc). Mon Papa vient de nous quitter brutalement. Je pars quelques jours en Auvergne où vivent mes parents. Je vous tiens au courant de mon retour. On essaiera de rattraper le cours en fonctions de vos besoins et de mes possibilités. Lisa » 

Loreena lui répondit immédiatement. Vous vous souvenez de Loreena, une ancienne élève de Maman mais aussi une amie très spéciale ? 

« Plein d’amour et d’énergie, je pense très fort à toi <3 <3 <3. Pour jeudi je ne pourrais pas, mais si tu peux samedi, on peut faire cours. »

Papa conduisit tout le temps. Maman était en état de choc et ce n’aurait pas été raisonnable qu’elle conduise… C’était pour cette raison aussi que Papa avait tenu à venir, même s’il ne pouvait pas rester plusieurs jours à cause de son travail.

Maman, quant à elle, pour une fois, son travail elle s’en foutait ! Elle n’avait qu’un papa et il ne pouvait mourir qu’une fois… 

Elle appela aussi Graziella, ma marraine, qu’elle n’avait pas réussi à joindre jusqu’à là…

On est enfin arrivé vers 21h. J’étais cuit, affamé, épuisé…

Oma allait bien, malgré la nuit blanche et le choc, et les trois frères et sœurs de Maman étaient là : Emmanuel, « le grand », Pascal, le « moyen », Sophie, « la petite ». D’ailleurs, cette dernière rentra vite chez elle (son appartement n’était qu’à 5 min de chez Oma), car elle avait passé une nuit blanche, elle aussi…

Maman me fit manger sur ses genoux de la bonne soupe de tata Odile, la tata de Maman. Je me suis régalé, au point que j’en repris deux fois. C’était bon, tout doux, chaud, ça descendait tout seul et ça remplissait bien l’estomac.

Pendant ce temps, Pascal et Emmanuel sortirent nos (mes !) innombrables bagages de la voiture-fourgon de Maman. Et ils montèrent mon lit-parc, ce qui n’était pas une mince affaire.

A 22h, je fis le bibi avec Maman dans la grande chambre. Elle chanta, me berça, comme d’habitude. Je m’endormis super bien, épuisé par cette journée forte en émotions et heureux que Maman ait pu venir avec Papa, soutenir Oma et surtout accompagner Grand-Pa qui en avait bien besoin.

J’ai oublié de vous raconter que, grâce à moi, Maman avait pu voir Grand-Pa dès ce soir, malgré son appréhension…

Alors qu’elle voulait me mettre en pyjama, après le repas, je me suis échappé de la chambre et j’ai couru dans le couloir…vers l’escalier et vers la chambre où se trouvait Grand-Pa. C’était dans cette pièce que nous avions dormi, Maman et moi, lors de nos deux derniers séjours. Du coup, je pensais que c’était là que nous allions séjourner cette fois-ci encore.

Maman m’a couru après, elle avait peur surtout que je tombe dans l’escalier. Elle craignait aussi que j’entre dans la chambre où résidait désormais Grand-Pa, du moins sa dépouille.

J’ai poussé la porte qui n’était pas fermée et j’ai pilé devant le grand lit sur lequel reposait Grand-Pa. Mais il n’était pas là ce lit, les dernière fois !!! Il prenait la place de mon terrain de jeu !

Maman, qui craignait de découvrir le corps sans vie de son papa, fut apaisée, d’un coup, en découvrant qu’il avait l’air de dormir paisiblement… Grâce à moi, elle avait franchi cette étape angoissante sans aucune embûche. Quand je peux, je l’aide moi, ma maman d’amour <3. Je fais ce que je peux…

Ce soir, pour la première fois depuis qu’elle tire son lait (15 mois environ), Maman a laissé tomber la traite… Le début (enfin !) de la fin de son esclavage pluri-quotidien. Ça tombait bien parce que je ne savais pas comment lui dire que je n’avais plus autant besoin de son lait désormais. J’avais assez de bonnes choses pour me nourrir. Je préférais qu’elle s’occupe de moi plutôt que de s’immobiliser de si longs moments, attelée à sa machine, plusieurs fois par jour…

Lundi 20 mai

Cette nuit, j’ai dormi comme un gros nounours, épuisé par la journée étrange et agitée. Et puis, je ne voulais pas rajouter plus de stress et de fatigue à Maman, en me réveillant la nuit. J’avais accompli une mission, j’étais content et apaisé, moi aussi, malgré tout. Et mon sommeil fut à mon image.

Maman et Papa, quant à eux, ont beaucoup bougé. 

Maman a peu dormi. Elle avait en tête un texte. Elle voulait mettre à l’écrit la première conversation, d’un nouveau genre, qu’elle avait eu avec son papa, après m’avoir couché. Elle avait passé un long moment avec lui. Elle lui avait ouvert son cœur. Et elle voulait garder un souvenir de ces moments si précieux, si uniques, dans une vie. Dans la sienne, dans celle de Grand-Pa et dans celle de toute la famille. Les paroles qu’elle avait prononcées résonnaient et passaient en boucle dans sa tête, encore en état de choc.

Papa bougeait beaucoup aussi, tendu par la situation et par les mouvements permanents de Maman.

Le matin, Pascal et Emmanuel étaient là, ils avaient dormi à la maison. Sophie, de son côté, était allée travailler ce matin. Les deux hommes s’occupèrent des premières démarches administratives qui n’avaient pu être faites plus tôt, week-end oblige. Cela soulagea Oma, fatiguée et choquée comme tout un chacun pouvait aisément le comprendre. Ce qu’elle apprit de l’assurance la rassura : les frais d’obsèques étaient couverts, pas de stress financier (pour une fois). Grand-Pa avait tout prévu pour partir sans déranger ses proches… Etre une charge lui était insupportable.

Je vais vous confier un secret. Grand-Pa savait depuis plusieurs mois que son départ se préparait. Mais pas seulement lui. Un bon nombre de ses proches aussi. Le 18 juin 2018, soit 11 mois plus tôt (le temps de gestation d’un cheval), il avait insisté pour donner à Maman une copie de son testament, c’est-à-dire de ses dernière volontés. Maman avait pleuré en le lisant. Cela avait été comme une répétition et un avertissement pour elle. Elle savait ce que son père voulait ou pas, précisément, pour sa mort, ses obsèques. Et ce qu’il désirait qu’on pense de lui, qu’on fasse, ce qu’il souhaitait dont on se souvienne à son sujet.

Autre signe : à l’occasion des fêtes de Noël, tous ses enfants et petits enfants avaient réussi à se retrouver autour de lui et de Oma, le 29 décembre. Cela n’était pas arrivé depuis des années. Même pour ses 80 ans, deux ans plus tôt, l’effectif avait été réduit. C’était comme si, inconsciemment, tout le monde savait que le temps était désormais compté. 

Des signes, je pourrais vous en donner encore de nombreux autres. Vous les prendrez comme vous le voulez. Au fond de moi, je savais…

Depuis quelques mois, tout s’alignait, rentrait dans l’ordre, autour de Grand-Pa. Comme quand on range sa maison avant de la laisser pour un long voyage. 

Tata Sophie allait mieux. Elle avait un travail en CDI, un appartement à elle, une vie privée plus stable (même si un peu mystérieuse).

Tonton Pascal était rentré du Chili ; un grand réconfort pour Grand-Pa qui attendait ce retour depuis des années. Toute sa famille s’adaptait bien en France.

Maman m’avait moi. Elle avait ralenti ses écrits monumentaux. Elle avait moins de temps, de disponibilité pour son papa. Elle ne répondait pas toujours à toutes ses lettres, comme avant mon arrivée. Son attention se portait davantage sur la génération future que sur le passé. Du coup, elle avait un peu « laissé tomber » son papa pour moi. Elle s’en voulait, mais ne pouvait faire mieux. C’était le cours normal de la vie. Grand-Pa le savait. Mais cet éloignement avec cette enfant qui lui était si proche en terme d’écrit, de caractère, de souffrance aussi, le confortait dans sa conviction profonde, bien qu’inconsciente, qu’il était temps pour lui de tirer sa révérence. Il était désormais relégué au second plan, celui des antiquités sur lesquelles la poussière s’accumulait doucement…jusqu’à ce qu’on ne les voit plus du tout.

Avec tonton Emmanuel, les choses allaient bien. Les rapports avec toute sa famille s’étaient apaisés et tout le monde était venu pour Noël cette année.

Quant aux petits enfants, Grand-Pa avait changé de cap avant son départ… Maman l’avait prié d’être plus bienveillant avec nous ; Pascal aussi, de son côté. Il avait compris le message. Lui, qui avait été éduqué à la dure, avait réussi a inventer un autre modèle : s’amuser avec ses petits enfants plutôt qu’être uniquement agacé par leur incompétence, leu bruit, leur agitation…

Lors de nos deux dernières rencontres à Grand-Pa et moi, nous avions discuté et ri ensemble, pour le plus grand bonheur de Maman et Oma.

Même si dans quelques années je ne m’en souviendrais peut-être pas vraiment, pour le moment, je me souviens de ce grand barbu imposant, impressionnant, qui riait de mes bavardages enfantins…

Autre signe : mercredi 15, trois jours avant le départ de Grand-Pa, Oma avait envoyé une très jolie photo de lui à ses enfants par MMS, ce qu’elle ne faisait jamais d’habitude… Il ratissait l’herbe coupée, sous une magnifique lumière de fin de journée. C’était pour les prévenir, leur dire au revoir. Moi je le sais…

Quoi d’autre ? Son frère Bernard a lu ses deux tomes de mémoires et est venu lui rendre le deuxième, lundi 13 mai, donc la semaine de son départ. Ils en ont parlé. Grand-Pa a apporté quelques éclaircissements à son frère et a eu le soulagement de savoir que son frère le plus proche en avait pris connaissance et pourrait en parler aux autres membres de la famille.

Mardi 14, ce fut l’anniversaire de tata Sophie. Grand-Pa était là, ils avaient passé un bon moment ensemble.

Pour ce qui était du fait que Grand-Pa soit parti en l’absence de Oma, bien que juste avant son retour, moi, je vous le dis, ce n’est pas pour rien. Il craignait être réanimé, amené à l’hôpital, si Oma avait été là lors de son départ. Il avait choisi de partir seul. Afin que personne n’interfère et surtout qu’on ne l’arrache pas de sa maison. Il savait qu’Oma serait très vite à ses côtés, ainsi que sa fille chérie, Sophie, et son frère Bernard. Et il s’arrangea pour que, dès le lendemain, ses deux autres frères et trois autres enfants puissent être déjà là… Et moi aussi ! Ce fut possible car c’était en plein week-end…

Doutez-vous encore que Grand-Pa ait lancé des signes et perçu lui-même des indices sur l’approche de son grand départ ??? Moi je suis sûr et certain qu’il s’y préparait, même si c’était en partie inconsciemment, et il souhaitait que son entourage s’y prépare aussi.

Ce matin, pendant ma sieste, Maman a communiqué avec Loreena par sms. Maman lui expliqua qu’elle avait parlé longuement avec son papa et qu’elle le sentait apaisé. Loreena la rassura et la conforta dans ce qu’elle savait déjà, à savoir que Grand-Pa, même parti, l’entendrait et serait là pour elle. <3

Maman avait enfin répondu à Loreena :

« Dak. Merci pour hier, je n’ai pas eu le temps de répondre. 

– Je comprends pas de souci.

– Ok pour jeudi, de toute façon, je ne pense pas être rentrée. J’ai parlé longuement avec mon père, hier, devant son corps. Je pensais être terrifiée, mais j’étais apaisée au contraire.

– Vraiment ? Je pense que tu le sens sans doute plus apaisé, non ? Et n’oublie pas que ce n’est parce que tu ne le vois pas qu’il n’est pas là.

– Oui, son âme est là pendant encore un certain temps. D’ailleurs, je ne parlais pas en regardant sa dépouille, mais en regardant le plafond !

– Tu vois 😉 😉 et même après qu’il soit « parti » il t’entendra toujours et sera là pour toi.

– Je vais écrire ce que je lui ai dit et j’en ferai un résumé à lire à l’enterrement. Tu sais si Nadine capte aussi les défunts ?

– D’accord, je ne sais pas du tout… »

Pendant mes siestes, Maman alla voir Grand-Pa. Elle lui parla beaucoup et écrivit le texte de leur première conversation, dimanche soir. Ce ne fut pas facile pour elle. Elle parla à haute voix tout en l’écrivant. Papa, lui, profitait de ma sieste de l’après-midi pour dormir aussi. Le matin, il était allé courir car il avait besoin d’évacuer, lui aussi, le trop plein de stress et de fatigue.

Odile arriva à 17h, Maman est descendue pour la voir. Avant ma sieste, un peu décalée, Maman, Oma, Sophie et Pascal avaient essayé de s’organiser. Emmanuel était reparti dans la matinée, appelé par des rendez-vous professionnels qu’il ne pouvait annuler. Ils ont réfléchi à qui devait faire quoi.

Maman leur lut le texte qu’elle avait écrit, mais c’était trop émouvant, trop frais, elle pleura comme une madeleine. Jamais elle ne pourrait lire ça devant un plus grand public… Là, ce n’étaient que des proches : Papa, Odile, Oma et Pascal.

Un peu plus tard, ce fut Bernard qui passa. Maman lui demanda quels étaient les auteurs préférés de Grand-Pa. Elle se souvenait que, dans son testament, (ou plutôt ses dernières volontés) Grand-Pa voulait un livre, mais lequel ? Sans doute son préféré. Bernard lui cita ses autres préférés, Maman les ajouta à son texte.

Entre temps, tata Sophie était revenue du travail. Avec tonton Pascal, tata Sophie, Papa et Maman, on est allé se promener, après le goûter. On a fait le tour des voisins qui n’étaient pas encore au courant. Moi, je me régalais. On me laissais libre, je marchais seul. Je m’éclatais. Je courrais, je courrais, je volais presque !

A un portail, un petit chien, un genre de teckel, vint rouspéter. Moi, je sui allé le voir et je lui ai fait mon célèbre « grrr » que Maëlys m’avait appris ! Et il est parti en courant, mort de peur… Tout le monde était plié de rire, sauf moi ! Je ne comprenais pas pourquoi il ne me répondait pas et ne voulait pas être mon copain…

Au retour, il y avait une descente, j’étais fatigué et parfois je trébuchais. Je coup, je suis tombé une fois, sans mal, car je mis directement les mains devant pour me protéger. Mais la deuxième fois, ma tête, bien lourde, passa devant les mains et j’atterris sur le nez. Je me mis à saigner, à avoir très mal et à pleurer très fort. Maman me prit dans les bras tout le reste du chemin du retour. Elle s’en voulait. Elle s’était aperçu que je commençais à fatiguer. Elle aurait dû me prendre dans les bras plus tôt, avant que je m’estropie…

En rentrant, Maman et Sophie cherchèrent le testament que Maman avait déjà cherché hier, en vain. Il n’était plus en son lieu habituel. Sophie farfouilla quelque part où Maman n’avait pas encore cherché, dans le couloir du haut, et le trouva !

Maman mit alors le rosaire autour des mains de Grand-Papa, suivant ses dernières volontés. 

Après mon repas, Maman est allée avec Oma, Sophie et Pascal dans la chambre où était Grand-Pa. Papa essaya de m’endormir mais j’ai eu du mal. Je les entendais, à travers les murs, chanter et jouer de la flûte. Ils chantaient, pour Grand-Pa, les morceaux qu’ils aimaient bien tous les deux, lui et Oma.

Je m’endormis quand la musique cessa. Ils parlèrent encore beaucoup. Ils ont aussi lu ensemble le document dans lequel Grand-Pa avait exprimé ses dernières volontés. Puis Maman vint enfin me coucher. 

Stressé par ce coucher tardif, je me suis réveillé en hurlant à 3h. En plus, j’avais mal à ma blessure à lèvre ; la suçu collait dessus, c’était horrible ! Maman me berça, me donna du sirop qui enlève le bobo, et me reberça. J’avais mal et j’étais énervé. C’était long… Au bout d’une heure, je me suis calmé et j’ai fini par lâcher prise. Cela n’aida pas mes parents à récupérer…

Mardi 21 mai

Fatigué, je me suis réveillé à 8h30, une petite « grasse mat ». Pas étonnant, je suis décalé dans mes horaires et j’ai eu une nuit très agitée. Papa, lui, s’était levé une heure plus tôt, car il devait repartir ce matin. Vers 9h, tonton Pascal l’amena prendre un blablacar. Avant cela, Oma et Pascal étaient allés chez le fleuriste commander les fleurs pour la cérémonie de demain…

Pendant ma sieste du matin, dont j’avais besoin malgré mon réveil tardif, Maman fit une séance abdos-cardio-fessiers. Elle voulait profiter d’avoir du temps, enfin !, pour s’occuper un peu d’elle.

Au repas de midi, comme la veille, j’ai apprécié avec délice les fromages d’Auvergne et en demandais toujours plus. Je disais « Encore !» pour demander et « Merci » (plus  « mici ») pour remercier, quand Maman me donnait un petit bout.

Maman chercha ensuite le « Phedon » de Platon, livre que voulait Gran-Pa sur son lit de mort, et le mit sous l’oreiller du défunt.

Tata Sophie arriva à 13h, après une séance d’ostéo. Elle avait des douleurs au ventre. Avant de m’amener à la sieste, Maman, Oma, Pascal et Sophie cherchèrent quoi mettre comme phrase sur le ruban de deuil, à commander avec les fleurs. Maman souhaitait une phrase en latin avec la traduction. Finalement, même Oma qui trouvait au départ le latin prétentieux, accepta. « Lux perpetua luceat tibi » «Que la lumière éternelle brille pour toi ».

Puis Maman les laissa, car il fallait qu’elle réalise le montage de la maquette (avec photos) de son texte pour Grand-Pa. Elle devait l’imprimer en ville avec Odile, dès mon réveil de la sieste et mon goûter. Je l’ai laissé travailler tranquillement à côté de moi et j’ai fait un super gros dodo. Nous sommes partis tous les trois après un goûter rapide. J’ai mangé mon bout de pain dans la voiture. 

Nous sommes arrivés dans une grand magasin avec plein de trucs intéressants ! A l’étage, il y avait de nombreuses chaises de bureau comme j’aimais bien. Je me suis régalé à tout escalader, sous le regard vigilant d’Odile, pendant que Maman faisait imprimer les documents pour Grand-Pa avec un monsieur qui adorait venir en vacances…à Perpignan ! Les coïncidences sont parfois tellement énormes que l’on ne peut y voir que des clins d’oeil ;-).

Le soir, en rentrant, bain avec Maman dans la grande baignoire de Oma. Pendant mon repas, au cours duquel j’ai continué à réclamer énergétiquement « Encore !» plus de fromage d’Auvergne en remerciant chaleureusement à chaque morceau, les voisins passèrent nous faire un coucou. Ils étaient très gentils. Ils aimaient beaucoup Grand-Pa et Oma <3.

Le garçon ne voulut pas monter voir la dépouille de Grand-Pa. Il avait moins de 10 ans. La jeune fille, ado, avait, quant à elle, prévu d’aller le voir, mais Maman le lui déconseilla. A son âge, mieux valait qu’elle garde le souvenir de Philippe vivant…. La jeune fille préféra écouter Maman et alla regarder l’album photo que Oma avait fait pour Grand-Pa pour ses 80 ans.

Cette fois-ci, pour moi, dodo de bonne heure, 21h, j’en avait grand besoin. Dès que je fus endormi, Maman rejoignis le reste de la troupe pour le dernier moment de recueillement autour de Grand-Pa. Pas de flûte ce soir, pour ne pas me réveiller. Juste des chants car Oma y tenait beaucoup… Maman expliqua à Grand-Pa que c’était le dernier soir que son corps était là, dans cette chambre, mais aussi dans sa maison… Moment émouvant pour ceux qui resteraient ensuite dans cette maison…

Cette nuit, je dormis de nouveau très bien, mes bobos de la veille me faisaient moins mal et ne me réveillèrent pas.

Mercredi 22 mai

Maman savait que le timing allait être serré ce matin. Du coup, elle alla se doucher et se préparer avant que je me réveille. Ensuite, elle me recoucha très vite après le petit déjeuner et alla alors voir Grand-Pa. Elle lui parla, face à sa dépouille, une dernière fois… en ce lieu et ainsi. Elle arriva même à lui toucher le bras, alors que jusqu’à présent elle n’arrivait pas à le toucher.

Maman alla voir les fleurs qui étaient arrivées dans le garage. Des lys et des fleurs roses, magnifiques et la « banderole » en latin, traduite en français. Maman fut très émue. Le rose des fleurs était le même que celui qu’elle avait choisi pour égailler sa tenue noire : châle et chaussettes roses en plus de sa robe, ses bottes et ses collants noirs. Encore une coïncidence qui n’était assurément pas un hasard ;-).

J’ai mangé à l’heure normale, tôt. Tout le monde semblait tendu. Compréhensible… A 12h30 arriva le service funéraire. J’étais au jardin avec toute la troupe Dumoulin, pas de sieste aujourd’hui. C’était un jour éminemment spécial. Le personnel funéraire se composait d’un responsable et de cinq autres hommes qui semblaient muets comme des carpes (pour ne pas dire comme des tombes). Le responsable à tout expliqué à Oma, Maman, tonton Pascal et tata Sophie. Maman insista pour qu’on mette à Grand-Pa une belle chemise et un costume, son plus beau costume. Il avait toujours été élégant vivant, il aurait vivement aimé l’être aussi dans la dernière demeure de son corps physique. Le responsable expliqua qu’il n’y avait aucun problème. Malgré la rigidité cadavérique, ils pouvaient le changer. Ainsi fut fait. 

Pour le descendre dans l’escalier jusqu’au salon, ils le mirent dans une coque rigide. C’est au salon qu’a ensuite eu lieu la mise en bière. Quel drôle de nom ! Pendant tout ce temps, on était tous dehors et on jouait au ballon. Comme ça l’équipe funéraire travaillait tranquillement. À un moment donné, ils eurent besoin d’un pansement car du sang était sorti de la plaie dont ils avaient extrait le pacemaker. Il paraît que pour des questions d’écologie, maintenant, si le corps était inhumé, on lui retirait les éléments toxiques… C’était tout à fait respectable.

A 13h, le corps était prêt, dans le cercueil. La famille, moi compris, sommes venus pour lire une dernière fois des textes à Grand-Pa et lui chanter des chants, pour l’aider à partir et lui montrer qu’on pensait à lui. Maman a posé sa main sur la tête de Grand-Pa, très froide, pour lui montrer qu’elle était avec lui. Je sentais qu’elle ne voulait pas le lâcher, même si elle savait que ce n’était que sa dépouille… Sans corps physique, comme sorte de repère, il lui serait plus difficile de se convaincre qu’il l’entendait bien. Elle savait que l’âme n’était plus dans son corps. Mais depuis quand exactement ? A quelle distance se trouvait-elle de lui ? En était-elle sortie entièrement ?

Lorsque l’équipe funéraire procéda à la fermeture du cercueil, Oma et tata Sophie sortirent et m’emmenèrent avec elles. Maman resta avec tonton Pascal pour assister au scellement de la belle boîte en bois… Les hommes muets sortirent alors le cercueil de la maison et l’amenèrent dans la grande voiture couleur vin. Ça avait l’air très lourd… Ils ne bronchaient cependant toujours pas. Le cercueil fut enfilé dans un compartiment du bas. Les fleurs posées au dessus.

Puis Maman m’embarqua dans sa voiture. Entre-temps était arrivée Françoise Béraudy. Vous vous souvenez ? Je vous ai déjà parlé d’elle, il y a un an. Nous étions passés la voir, chez elle, en juin… Elle m’avait offert un canard pour le bain !

Nous nous sommes garés assez loins du temple car il n’y a pas de parking là-bas… Le gros vito mercedes violet était garé en bas de l’escalier. Toute l’équipe funéraire attendait que la famille complète soit présente. Le moment était terriblement fort, intense ! L’énergie, les émotions montaient en puissance. Il y avait un monde fou…

Olivier, le cousin de Maman, l’aida à monter ma poussette en haut des escaliers. Il y en avait deux successifs. Tonton Pascal et Oma marchaient juste derrière le cercueil. Puis virent Maman, tata Sophie et moi, puis tonton Emmanuel, tata Catherine et mes cousines, Alix et Zoé. L’ambiance était énorme quand on arriva à l’arrière du temple, c’est-à-dire dans la grande salle du culte. Tout le monde était déjà installé. Maman reconnu de nombreux visages… Des personnes qu’elle n’a pas vues depuis quelques semaines, quelques mois, quelques années, quelques décennies même, pour certaines… La musique retentit avec l’apparition du cercueil et de sa « suite ». Je sentis Maman trembler tant l’émotion m’envahit. J’étais là, avec elle, elle n’était pas seule, elle le savait. Papa (mon papa) lui manquait, bien qu’elle sache qu’il déteste les églises et les cérémonies religieuses.

Le cercueil fut placé à côté de l’autel sur des tréteaux, recouvert et entouré de fleurs. Les fleurs, c’était la vie, la vie éphémère, la vie qui continuait, avec toute sa beauté, ses couleurs, ses parfums, et qui se renouvelait sans cesse. Des fleurs, c’était aussi une vie déjà morte, une vie qui semblait être encore là, comme le corps physique de Grand-Pa, mais qui n’était plus, car les fleurs étaient coupées de leur plante nourricière, de leur mère vitale… Maman, pour cela, n’aimait pas les fleurs coupées, leur préférant largement les plantes en pot, car elles vivaient encore et vivraient tant qu’on prenait soin d’elles…

Il y avait deux pasteurs qui racontaient des trucs que je ne comprenais pas et auxquels même Maman ne s’intéressait guère. Les prêches, bof, bof, les dogmes et la Bible, ce n’était pas notre truc. 

Par contre, ce qu’on a bien aimé tous les deux, ce fut la musique…

Tata Sophie a joué du violoncelle, en tremblant beaucoup, les larmes ruisselant le long de ses yeux par moment, tant l’émotion lui serrait le cœur. Elle était accompagnée par l’organiste, Evelyne Ours, une grande amie de Oma.

Tonton Pascal joua de la trompette. C’était sublime. Maman en eut des frissons et se mit, elle aussi, à pleurer, tant la beauté de ce son, si pur et si puissant, mais à la fois si doux et velouté, la touchait en plein cœur. Moi… ? Ben ça m’a endormi ! Je vous expliquerai après pourquoi ;-). C’était sûr et certain que Grand-Pa était là, présent, qu’il avait entendu comme nous tous la belle musique jouée pour lui par ses enfants. 

Il y avait aussi le choeur régional d’Auvergne, auquel appartenait Oma. Il a interprété de nombreux morceaux de musique classique que Maman ne reconnut pas vraiment. En plus le chant choral la touchait moins que les instruments en solo. Oma avait tenu à ce que ces morceaux importants pour elle et Grand-Pa soient joués en cette occasion unique. Tout comme les textes qui furent lus : la plupart étaient ceux que Oma et Grand-Pa avaient déjà choisis pour leur mariage, il y avait de cela 42 ans  (en 1977) !

Petite parenthèse. Pourquoi m’étais-je endormi avec la trompette ? En fait, exceptionnellement, j’ai loupé ma sieste, la cérémonie étant à 14h. Au début, j’ai écouté sagement le culte sans broncher. Il faisait chaud, Maman me donnait souvent à boire. Puis j’en ai eu marre… J’ai commencé à me plaindre, malgré « sucu » et « doudou ». Du coup, Maman m’a promené dans une allée, dans la poussette. Aller, retour, aller, retour, aller, retour… J’entendais Lou, ma cousine, en bas avec son papa, Pierrick. Elle aussi râlait. Sa maman, Isabelle, était assise juste derrière Maman. Lorsque Maman dût aller lire son texte avec ses frères et sœur, et même avant, quand Bernard parla, Isabelle proposa à Maman de prendre le relai. Et c’est ce qui fut fait. A force de rouler, rouler, rouler, je me suis senti envahi petit à petit par le sommeil et je m’endormis tranquillement dans la poussette (en plein morceau de trompette !). C’était un morceau d’une beauté vraiment céleste <3.

Oma fut la première à rendre hommage à Grand-Pa, son mari. Son texte fut clair, bien qu’improvisé. Elle n’avait aucune note, contrairement à toutes celles et ceux qui la suivirent. Sa voix ne faillit pas. Maman admira son sang froid dans ce moment si solennel, intime, profond, touchant… Oma était très forte dans cette épreuve unique et inédite.

Ensuite Bernard, le second de la fratrie après Philippe, lut un texte magnifique sur son grand frère. Tout le monde fut fasciné par l’éclairage lucide qu’il apporta sur la personnalité si complexe de Grand-Pa. Un grand solitaire, incompris, épris d’absolu et ayant eu bien du mal à trouver sa place dans ce monde…

Puis ce fut au tour des enfants de Grand-Pa de prendre la parole.

Tata Sophie lut un texte assez humoristique, de son cru, sur son téléphone portable ! Grand-Pa apprécia-t-il cette boutade ? Cette provocation ? Lui qui détestait ces engins « diaboliques » ! En tout cas, elle rappela qu’il valait mieux profiter de ceux qu’on aimait tant qu’ils étaient là, pour ne pas avoir de regrets. C’est sûr…

Tonton Pascal lut un texte court, concis, écris à la main, mais non moins beau et touchant. Il parla du rôle qu’avait eu son père dans sa vie et l’en remerciait, lui qui était devenu père trois fois depuis.

Maman lut un extrait du texte qu’elle avait écrit suite à la première conversation « d’âme à âme » qu’elle avait eu avec son père, devant sa dépouille.

« Texte pour Papa… 

En arrivant à la maison, dimanche, le lendemain de ton décès, je craignais être terrorisée de voir ta dépouille. 

Mon fils, Angelo, mon petit ange, m’a ouvert la voie, m’a guidé vers toi. Il a couru vers ta chambre et a ouvert la porte d’un coup, sans que je ne puisse rien faire. Je t’ai vu, si paisible, sur ton lit, que toute crainte m’a quittée…

Tu vas accéder à la lumière et l’amour infini. Tu retrouveras tous les êtres chers qui sont partis là-bas avant toi. Tu as perdu tellement de personnes ici-bas… Elles n’en seront que plus nombreuses à célébrer ton arrivée. 

Tu vas rejoindre tous les auteurs qui t’ont accompagnés de si nombreuses heures, tout au long de ta vie. Ils étaient tes maîtres autant que tes amis. Ils t’ont aidé à surmonter bien des moments difficiles. Platon, Montesquieu, Lanza del Vasto, Simone Weil, pour ne citer que les plus importants. Ils seront heureux de te compter désormais parmi les leurs.

Je tenais à te remercier pour tous les bons souvenirs que tu nous laisses, que tu me laisses. C’est toi qui m’a transmis ce goût de l’écriture, tu m’as toujours soutenu dans cette voie. Tu as passé des heures à corriger mes nombreux textes et ouvrages. Ce furent des moments privilégiés, en tête-à-tête, que je conserve précieusement… Merci pour ta patience, ta pédagogie, j’ai tant appris grâce à toi. 

Je te remercie aussi pour tes qualités autant que tes défauts. Nous avons tant de points communs… Ce besoin de solitude, cette impression de ne pas être né au bon endroit, cette recherche impérieuse d’absolu… La liste est longue. 

J’espère que mon petit Angelo a hérité de ta soif d’apprendre et de ta persévérance à défendre des causes qui lui sembleront justes. »

Maman n’arriva pas à la fin de son texte sans pleurer. C’était ainsi… Elle laissait parler son cœur, ses émotions. C’était le plus important. Personne ne la jugerait pour ses larmes bien légitimes.

Tonton Emmanuel lut un texte tapé à l’ordinateur et complété à la main, sans doute à la dernière minute. Malgré le ton détaché et humoristique qu’il mit dans la première partie de son texte et la sensation de détachement qu’il voulait montrer, on eut enfin un aperçu des émotions qu’il cachait en général si habilement. Comme quoi, ce genre d’évènement touche le cœur et brise toutes les carapaces. 

La cérémonie fut beaucoup plus longue que prévue. Elle se termina 16h au lieu de 15h. A la sortie, difficile d’embarquer le cercueil rapidement. Il y avait tant de monde !!! Grand-Pa était connu, apprécié, aimé même, par tout un tas de personnes. La preuve, s’il en fallait une, était là, sous les yeux de tous.

De nombreuses personnes se penchèrent sur ma poussette et dirent à Maman à quel point elles me trouvaient mignon, charmant, magnifique et tellement sage pendant toute la cérémonie. Maman fut très touchée.

Plusieurs personnes virent, à sa grande surprise, lui parler de ses romans. Un chanteur de la chorale grégorienne dans laquelle Grand-Pa chantait, notamment. Mais aussi… Roselyne Dumas ! Le médecin de la famille depuis plus de 30 ans. Maman la reconnut tout de suite. Roselyne avait reçu, il y avait de cela très peu de temps, le tome II des nouvelles de Maylen’ et Kaolin’ par Grand-Pa. Elle souhaitait parler de ses écrits avec Maman ;-).

Enfin, quand la famille put prendre congés des personnes ne venant ni au cimetière ni ensuite à la maison de Blanzat, nous avons quitté le temple pour retrouver la voiture. Direction le cimetière !

Ne s’y retrouvèrent que la famille proche. L’émotion était retombée, du moins chez Maman. Je la sentis libérée. Comme si toute l’émotion et la communion s’étaient cristallisées pendant la cérémonie. Ce qu’il restait à faire n’était qu’une formalité purement matérielle. Le moment spirituel, fort, était passé. Ici, on laissait juste le corps dans sa dernière demeure.

Ce n’était même pas sûr que Grand-Pa nous ait suivi jusque là. Quand je parle de lui désormais, il s’agit de son âme, de son corps de lumière, et non plus de son corps physique. Peut-être était-il rentré à Blanzat directement. Ou alors s’amusait-il à visiter le reste du cimetière pendant sa mise en terre. 

Maman plaisanta même avec le « maître de cérémonie ». Tout sérieux, tout cérémonial, toute solennité s’étaient envolés. Elle lui dit que si elle devait choisir un maître de cérémonie pour son propre enterrement, ce serait lui qu’elle choisirait 😉 !

Moi aussi, je ressentis cette liberté et j’en eu marre d’être coincé dans la poussette. J’avais dormi, malgré la chaleur étouffante régnant dans le temple (la faute au béton pur non isolé). Il faisait beau et chaud dehors, j’avais vraiment chaud dans la poussette. Au début, le gentil maître de cérémonie prêta un parapluie (noir, évidement) à Maman pour que je sois à l’ombre. On ne pouvait pas me détacher pendant la mise en terre, je risquais de faire des miennes ; le pire aurait été que je tombe moi-même dans le trou !

Certaines personnes gardèrent leur mine solennelle. Pour jeter une fleur dans la tombe… Oma avait coupé des iris au jardin. Les personnes présentes avaient le choix entre un iris violet et les roses commandées au fleuriste. La plupart des convives choisirent un iris, coupait au petit matin dans le jardin de Oma et Grand-Pa. Les mêmes iris que ceux qu’on avait mis dans la chambre du défunt, pendant les quelques jours de veillée mortuaire.

Après le dépôt des fleurs, l’équipe funéraire remit la terre sur la tombe et nous regagnâmes tranquillement la voiture. J’étais enfin libre, sorti de ma poussette ! Je gambadais partout, trop heureux ! Il y avait des fleurs ailleurs que sur les tombes. Je les ramassais (des soucis ou des marguerites) et les donnaient à Maman. Elle était trop heureuse. Et je faisait sourire tout le monde. J’étais comme un petit rayon de soleil doré dans le cimetière qui aurait dû être triste et lugubre, mais qui ne l’était vraiment pas sous ce beau soleil printanier, la végétation explosant de joie et de vie. Maman était encore une fois love de moi et tellement heureuse que je sois là, avec elle, dans ce moment si important et si difficile de son existence. Et je crois que ce n’est pas un hasard que je puisse accompagner tous les proches de Grand-Pa de si près. Je suis là pour leur redonner le sourire, enlever le tragique de la situation. Rendre l’atmosphère légère, grâce à mon sourire, à mon insouciance enfantine. 

On reprit la voiture pour rentrer à Blanzat chez Oma et Grand-Pa. Le vigile envoyé par l’assurance était déjà parti. Il était déjà 18h, il devait rester jusqu’à 17h. J’ai pris mon goûter dans la voiture : petit pain et compote « pousse pousse ».

Grâce à l’aide précieuse des tantes de Maman, Odile et Françoise, un joli buffet attendait les invités. Des tomates cerise, des olives variées, des cakes salés, des tartes aux garnitures multiples et multicolores, des macarons divers, tous aussi alléchants les uns que les autres. Bref, un festin que Grand-Pa aurait apprécié. Lui qui suivait bien des règles diététiques pour préserver sa santé fragile, depuis des décennies, adorait bien manger et était même très gourmand, bien que très discipliné par ailleurs. Depuis 7 ans environ, il avait dû renoncer au sucre pour préserver ses yeux atteints de DLMA. Or, pour lui, ne plus voir, c’était déjà mourir. Comment avoir accès aux écrits de ses auteurs préférés ? Comment écrire ? Comment conduire et se rendre seul où bon lui semblait ? Il avait renoncé (avec regrets certes, mais avec lucidité et résignation) au goût sucré. Comme quelqu’un qui rentre dans les ordres pour cultiver sa spiritualité renonce au plaisir charnel…

Maman rencontrera Roselyne Dumas dans quelques semaines et elles reviendront sur le régime alimentaire de Grand-Pa. Voici une partie des révélations que Roselyne, le médecin de famille, fera à Maman lors de leur rencontre dans cette même maison de Blanzat. Manger davantage de fruits et de légumes crus, du fait de sa restriction drastique de sucre provenant d’autres aliments, aurait ouvert des voies spirituelles à Grand-Pa. Pour ce médecin, l’alimentation crue permettrait d’accélérer l’accès à l’éveil… Voici un extrait du texte que Maman écrira suite à leur entrevue. Oui, je vois dans le futur, mais rien d’étonnant, je suis encore très connecté à d’autres niveaux vibratoires à mon âge. 

« Roselyne parla du cru, de son mode d’alimentation et des découvertes que cela lui avait permis. Manger cru avait largement favorisé son éveil spirituel et lui avait permis d’augmenter ses ressentis de façon inimaginable. Elle avait eu accès à des infos qui l’avaient parfois surprise et effrayée. Au point que, si cela devenait trop difficile à gérer, il lui était arrivé, dans les débuts, de vite « manger un bout de saucisson, pour que ça s’arrête » !

Elle nous avoua que Papa lui avait fait des révélations à ce sujet. Il mangeait énormément de fruits et légumes crus, depuis qu’elle lui avait donné un régime strict pour endiguer sa DMLA (ce n’était pas de l’instincto-thérapie, mais un régime très équilibré et totalement sans sucre). Lors des dernières consultations, il lui avait dit que des fenêtres s’étaient ouvertes à lui. Elle n’avait pas forcément bien compris, sur le coup, et ne lui avait pas demandé de développer. Mais, avec le recul, elle comprit qu’il avait avancé au niveau de l’éveil ces dernières années, ce qui avait préparé et aidé son départ… »

Lors de cette réception, il y avait plein d’adultes dont j’ai principalement contemplé les pieds, plus ou moins chaussés, et les jupes ou pantalons.

L’épouse, les enfants et petits-enfants : Oma, Maman, tonton Emmanuel, tata Catherine, leurs filles Alix et Zoé, tata Sophie, tonton Pascal.

Les frères : Bernard, François et Guy. Leurs épouses ou compagnes : Françoise, Odile et Jocelyne. Leurs enfants (qui avaient pu se libérer) : Timothée, Olivier et David (venus seuls), ainsi qu’Isabelle, accompagnée de son conjoint, Pierrick, et de leur fille, Lou. 

Des cousins de Grand-Pa. Sa cousine germaine Michèle, et son mari François. Les Stern, également. Lui élevait, dans le temps, des cochons en plein air et des biches et bisons en liberté. 

Marie-Elise et Evelyne, qui s’occupèrent de la musique au temple. Marie-Elyse était amie avec Oma depuis longtemps, elle avait perdu elle aussi son mari, il y avait trois années de cela, suite à une longue maladie. Evelyne avait de nombreux enfants, tous férus de musique (la famille modèle de Oma, à ce niveau-là !). 

Etaient aussi évidemment présents les voisins très, très gentils…

Maman distribua à toutes les personnes présentes le texte complet qu’elle avait préparé en l’honneur du grand départ de Grand-Pa. Le voici :

« Texte pour Papa… 

(parti samedi 18 mai 2019 vers 22h30)

Papa, je vais partager la première conversation que j’ai eu avec toi depuis ton départ, dimanche soir à mon arrivée.

« En arrivant à la maison, aujourd’hui, le lendemain de ton décès, je craignais être terrorisée de voir ta dépouille. J’avais justement dit à Jean-Luc, la veille au soir, environ 1h après ta mort, que je n’avais jamais vu une personne sans vie et que cela m’avait toujours fait peur. J’ignorais alors totalement ce qui t’était arrivé…

Mon petit ange, mon fils, Angelo m’a ouvert la voie, m’a guidé vers toi. Il a couru vers ta chambre et a ouvert la porte d’un coup, sans que je ne puisse rien faire. Je t’ai vu, si paisible, sur ton lit, que toute crainte m’a quittée…

Et me voilà, pour te tenir compagnie et te parler de cœur à cœur, d’âme à âme.

Tout d’abord, je souhaite te dire à quel point je suis heureuse pour toi. Heureuse que tu aies eu un départ digne, tel que tu le souhaitais. Tu as passé une merveilleuse journée, en pleine forme. Tu t’es rendu à une journée vouée à la musique religieuse, tu as vu des gens que tu aimais, tu as conduit tout seul. En rentrant, Maman étant partie à une répétition de chorale, comme si souvent. Tu as diné, comme d’habitude, puis tu as rejoint ton auteur grec préféré, Platon, à l’étage, avant de retourner boire ta tisane dans la cuisine. Peut-être voulais-tu attendre le retour de Maman, ou alors étais-tu trop fatigué et envisageais-tu ensuite d’aller te coucher ? Mystère…

C’est ce moment que tes anges ont choisi pour t’appeler vers la lumière. Assez tôt, pour que les services de réanimation ne puissent pas te forcer à revenir, avec de probables séquelles irréversibles. Assez tard, pour que tu ne restes pas trop longtemps seul, dans cet entre-deux inconnu. Maman fut là, dans l’heure qui a suivi l’arrêt de ton cœur. Puis ta fille, Sophie. Elles ont passés la nuit avec toi. Et ton frère Bernard aussi, me semble-t-il.

C’était exactement ce que tu voulais. Je suis si reconnaissante que tu aies pu mourir chez toi, dans cette maison que tu aimes tant. Et je te le dis du plus profond de mon cœur, je suis infiniment heureuse pour toi et je remercie tes anges qui t’ont écouté…

Tes fils, Pascal et Emmanuel, sont arrivés dès aujourd’hui. C’est un dimanche, cela tombe parfaitement bien. Et me voici, moi aussi, un peu retardée par Jean-Luc, qui travaillait ce matin et les préparatifs de départ, toujours un peu long, avec Angelo qui est si petit…

Papa, en te voyant ainsi, j’ai le bonheur de te sentir en paix. D’ailleurs, c’est ce que je ressens dans toute la maison, où tu résides encore, pour quelques temps. J’en suis si heureuse, si réconfortée aussi. Je te souhaite de poursuivre une existence paisible, faite d’amour et de lumière. 

Te voici débarrassé de ce corps physique que tu considérais depuis toujours comme un fardeau et plus encore ces dernières années, le grand âge diminuant petit-à-petit ses facultés. Te voici léger, sans limites, capable de te déplacer, de voir, d’entendre, de comprendre, d’apprendre mieux que jamais encore ici-bas. D’aimer aussi, plus que tu ne l’aurais jamais imaginé. Je ressens ton amour dans mon cœur.

Je sais que tu va rester encore un petit moment près de nous, ici, dans ta maison. Auprès de ceux que tu aimes. C’est normal, tu en as besoin. Prends le temps qu’il te faut. Quelques jours, quelques semaines, quelques mois… On parle souvent de 40 jours, notamment dans la religion chrétienne à laquelle tu es attaché.

Nous ne pourrons pas tous t’accompagner, aussi longtemps, le quotidien nous retenant ailleurs. C’est pour cette raison, que nous essayons d’être au plus près de toi, le plus intensément qu’il soit possible, ces jours-ci. Quelle bonne idée tu as eu de refuser la morgue. Cet endroit si impersonnel, technique, inhumain, sordide, même… Ici, tu es tellement bien et nous aussi, avec toi. 

Ensuite, il te faudra partir, rejoindre la lumière et cet amour infini qui t’attend. Tu retrouveras tous les êtres chers qui sont partis là-bas avant toi. Ils t’accueilleront, n’aies pas peur. Il y aura ta première femme, Jacqueline, partie tout aussi brusquement que toi, il y a si longtemps déjà. Et puis tes parents, Madeleine et Jean. Ta soeur, Michèle, qui a si peu vécu, et ton frère, un autre Michel, parti trop jeune. La liste de tes amis et autres membres de la famille serait trop longue… Tu as perdu tellement de personnes ici-bas… Elles n’en seront que plus nombreuses à célébrer ton arrivée. 

Tu vas aussi retrouver tous les auteurs qui t’ont accompagné de si nombreuses heures, tout au long de ta vie. Ils étaient tes maîtres autant que tes amis. Ils t’ont aidé à surmonter bien des moments difficiles. Platon, Montesquieu, Lanza del Vasto, Simone Weil, notamment, pour ne pas citer tous les autres, ils seront heureux de te compter désormais parmi les leurs.

Il y a 10 ans exactement, j’ai perdu ma jument de cœur, mon alter ego, Querida, ma chérie. Au moment où je te parle, je sais qu’elle est à tes côtés, car depuis son départ, brutal et tragique, elle fait partie de mes anges gardiens. Je lui demande de te prendre sur son dos et de te guider, de te montrer le chemin vers la lumière. Avec la même simplicité et évidence qu’Angelo m’a montré la voie vers ta chambre.

Je tenais à te remercier pour tous les bons souvenirs que tu nous laisses, que tu me laisses. C’est toi qui m’a transmis ce goût de l’écrit. Les livres partout dans la maison m’ont fait aimer la lecture, la découverte d’autres vies à travers les écrits d’auteurs souvent déjà disparus. L’écriture est devenue mon mode d’expression de prédilection, tu m’as toujours soutenue dans cette voie. Et lorsque j’ai commencé à écrire sous le nom de Lisarose, tu as passé des heures à corriger mes longs ouvrages, certains de plus de 500 pages. Ce furent des moments privilégiés, en tête-à-tête, que je conserve précieusement… Merci pour ta patience, ta pédagogie, j’ai tant appris grâce à toi. Je dis à tous mes lecteurs que je suis aidée par mon papa, un professeur de lettres d’exception. 

Je te remercie aussi pour tes qualités autant que tes défauts. Nous avons tant de points communs… Ce besoin de solitude, cette impression de ne pas être né au bon endroit, cette recherche impérieuse d’absolu… La liste est longue. Je ne retiendrai que les meilleurs. J’espère que mon petit Angelo a hérité de ta soif d’apprendre et de ta persévérance à défendre des causes qui lui sembleront justes.

Pars en paix. Nous surmonterons ta perte. Ce sera douloureux et long, à la hauteur de l’amour et de l’attachement que nous te vouons. Mais nous nous sommes préparés, tout comme toi tu t’étais préparé à partir. C’est pour Maman, évidemment que ce sera le plus difficile. Nous ferons tout notre possible, tous les quatre, ainsi que tous les membres de la famille et amis, pour lui rendre ton départ plus doux, plus acceptable. Veille sur elle de là où tu seras. Réconforte-la quand elle en aura besoin, guide-la dans ses choix quand elle doutera. Elle saura lire les signes que tu lui enverras.

Voilà Papa, je t’aime, tu seras pour toujours avec moi, dans mon cœur. 

Ta grande fille Elisabeth

***

J’ai choisi quelques extraits de mon livre préféré, Le Petit Prince, de Saint Exupéry. Il s’agit du départ du petit prince, vers sa planète lointaine…

« – J’aurai bien plus peur ce soir… 

De nouveau je me sentis glacé par le sentiment de l’irréparable. Et je compris que je ne supportais pas l’idée de ne plus jamais entendre ce rire. C’était pour moi comme une fontaine dans le désert. 

– Petit bonhomme, je veux encore t’entendre rire… 

(…) Il me dit : 

– Ce qui est important, ça ne se voit pas…

– Bien sûr… (…)

– Tu regarderas, la nuit, les étoiles. C’est trop petit chez moi pour que je te montre où se trouve la mienne. C’est mieux comme ça. Mon étoile, ça sera pour toi une des étoiles. Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder… Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau… 

Il rit encore. 

– Ah ! petit bonhomme, petit bonhomme j’aime entendre ce rire ! 

– Justement ce sera mon cadeau… (…)

– Que veux-tu dire ? 

– Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, les étoiles sont des guides. Pour d’autres elles ne sont rien que de petites lumières. Pour d’autres, qui sont savants, elles sont des problèmes. Pour mon businessman elles étaient de l’or. Mais toutes ces étoiles-là se taisent. Toi, tu auras des étoiles comme personne n’en a… 

– Que veux-tu dire ? 

– Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire ! 

Et il rit encore. 

– Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m’avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir… Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras : « Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire ! » Et ils te croiront fou. Je t’aurai joué un bien vilain tour… 

Et il rit encore. 

– Ce sera comme si je t’avais donné, au lieu d’étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire… 

Et il rit encore. Puis il redevint sérieux : 

– Cette nuit… tu sais… ne viens pas. 

– Je ne te quitterai pas. 

– J’aurai l’air d’avoir mal… j’aurai un peu l’air de mourir. C’est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n’est pas la peine… 

– Je ne te quitterai pas. 

Mais il était soucieux. 

– Je te dis ça… c’est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu’il te morde… Les serpents, c’est méchant. Ça peut mordre pour le plaisir… 

– Je ne te quitterai pas. 

Mais quelque chose le rassura : 

– C’est vrai qu’ils n’ont plus de venin pour la seconde morsure… 

Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s’était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d’un pas rapide. Il me dit seulement : 

– Ah ! tu es là… 

Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore : 

– Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai… 

Moi je me taisais. 

– Tu comprends. C’est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C’est trop lourd.

Moi je me taisais. 

– Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n’est pas triste les vieilles écorces… 

Moi je me taisais. (…) 

Moi je m’assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit : 

– Voilà… C’est tout… 

Il hésita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger. 

Il n’y eut rien qu’un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable. (…)

– Adieu, dit-il… Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

***

Philippe Dumoulin est né le 19 mars 1937 et parti le 18 mai 2019, à l’âge respectable de 82 ans. Il laisse derrière lui :

* sa femme Angelika,

* son fils Emmanuel (1969), ses deux petites filles Zoé (1998) et Alix (2003)

* sa fille Elisabeth (1979), son petit fils Angelo (2018),

* son fils Pascal (1983), ses petits-enfants Ayelen (2012), Amelie (2014) et Bastian (2016),

* sa fille Sophie (1985)

* ses trois frères Bernard, François et Guy… »

J’ai goûté un peu les plats des grands, notamment un cake aux tomates et fromage, trop, trop, bon ! Ce fut bientôt l’heure de dîner, pour le petit gars que j’étais.

Certains convives étaient déjà partis : les parisiens ou du moins ceux qui partaient pour Paris : les cousins David, Olivier, leur papa, François, et Timothée. Clermont-Paris, en train, ce n’était vraiment pas loin. De nombreux cousins de Maman avaient fait leur vie à la capitale. Maman ne les enviait pas. Elle détestait les grosses villes…et moi aussi ! On préférait la nature, les oiseaux, les insectes, les animaux, la verdure, le calme…

Du coup, j’ai pris mon repas à la cuisine, en même temps que Lou. C’était trop drôle de manger avec un autre bébé. Moi, j’étais dans ma chaise haute et elle sur les genoux de sa maman pendant que son papa la faisait manger. On a mangé la même chose, des petits pots de légumes de Maman. Moi, ensuite j’ai eu du rab : fromage, yaourt, etc, car je suis un glouton en comparaison avec Lou !

Maman n’a pas tiré son lait ce soir, pas possible. Et puis, elle n’en avait pas envie. On était d’accord tous les deux : le départ de Grand-Pa était une très bonne occasion pour arrêter cet esclavage, qui avait bien duré (presque 18 mois…).

Lou repartit bientôt avec ses parents pour Lyon. Elle tétait encore en voiture, ça la calmait. Contrairement à moi, elle n’aimait pas les sièges auto (pas plus que les suçus et les bibis)… 

Maman me coucha assez tard, après le bibi. Plus tard que d’habitude. J’avais accumulé tant de choses aujourd’hui que je me suis de nouveau réveillé en plein nuit, en hurlant. Besoin de câlins avec Maman, pour me recharger en bonne énergie et me décharger de toutes cette tension, de toutes ces énergie ultra puissantes, chargées en tristesse, beaucoup de tristesse, et en émotions intenses.

Jeudi 23 mai

Le lendemain… Maman aussi a eu besoin de décharger ce trop plein d’émotions accumulées. Ça lui est tombé directement sur le dos, comme d’habitude. Elle se sentait vidée et n’avait rien pour se recharger. Ni Papa, ni ses chevaux, ni du temps libre pour se ressourcer dans la nature, sans avoir à regarder sa montre… Je ne lui donnais pas assez, je lui en demandais beaucoup et Papa n’était pas là pour l’aider. 

Pascal partit dans la journée. Maman dormit avec moi pendant la sieste, elle était épuisée. Sophie est passée pendant ce temps là, mais Maman n’était ni en état, ni disponible pour la voir sereinement. Elle était triste, elle sentait que ses nerfs lâchaient. Ces quatre derniers jours avaient été trop intenses : tendus, dans l’attente de l’échéance, et extrêmement chargés en actes, paroles et rencontres multiples…

Maman avait quand même prévu, ce soir, de voir sa cousine Astrid, ainsi que la cousine de Grand-Pa, Michèle. C’était beaucoup de fatigue en plus… Mais une occasion unique ou du moins rarissime de rencontrer Michèle, qui vivait à Paris. Elle aimait beaucoup Maman et adorait ses livres. Elle les avait tous lus et en redemandait. Et puis elle était fan de moi aussi…

Nous sommes partis après ma sieste, vers 17h. Odile arrivait tout juste pour nous faire un coucou, savoir comment nous allions… Mais Maman avait de la route. Elle me donna de nouveau le goûter dans la voiture (petit pain et compote à sucer). A notre arrivée, Astrid et son fils Victor nous attendaient. Victor, c’était un cousin que je voyais régulièrement, presque depuis ma naissance. Il avait deux mois de plus que moi. Je vous ai souvent parlé de lui et de nos rencontres. 

Michèle, son mari François et leur (vieux) chien arrivèrent un peu plus tard. Je fis, entre temps, la connaissance de Cédric, le papa de Victor, qui ne vivait pas là, mais s’occupait quotidiennement de son fils. Il dut partir car un de ses amis avait de graves soucis.

J’ai mangé dans la chaise de Victor, pendant que les adultes (mis à part Maman), mangeaient à la bonne franquette, assis à la table du salon, des tomates farcies au riz qu’avait préparées Astrid. Maman avait toujours le dos très, très, très douloureux. Elle ne mangeait jamais pas le soir.

Maman parla beaucoup avec Michèle et François lui posa plein de question. Michèle était immensément heureuse de rencontrer Maman et c’était réciproque. Elles se ressemblaient toutes les deux. Avec quelques années d’écart, certes. François, lui, posait des questions et semblait très surpris des réponses de Maman. C’était un homme d’affaire qui avait du mal à cerner la sensibilité et la créativité de Maman. Ils semblait étonné et cherchait à comprendre. Notamment quand elle lui expliqua la relation qu’elle avait avec ses chevaux. Elle lui montra son site. La magnifique vidéo avec Kolina, notamment. Il voulut savoir si elle faisait des concours. Maman coupa court directement à ces questions touchant l’ego. Elle lui expliqua que dans les chevaux, ce qui l’intéresserait, c’était le coté relationnel et absolument pas les performances sportives. Eh oui, pour Maman, ses chevaux étaient ses meilleurs amis… 

On est resté longtemps, jusqu’à 21h passé. Pendant le trajet du retour, Maman a beaucoup pleuré… Ses nerfs continuaient à lâcher, après tant de tension et d’émotions. Je la comprenais. Je savais que, malgré tout, ma présence l’apaisait et, même, lui était indispensable. Mais il fallait que ça sorte, les larmes, le trop plein. Sinon, elle aurait encore bien plus de douleurs physiques qu’elle n’avait déjà. Du coup, on est rentré à 22h30. Elle m’a fait vite un bibi puis au dodo.

Vendredi 24 mai

Je me suis réveillé tard, à 9h, mais j’étais quand même fatigué des excès de la veille, ce matin. Ce fut Oma qui me donna à manger à midi.

J’ai eu du mal à m’endormir pour la sieste et Oma m’a réveillé à 16h30 en rentrant dans la chambre pour parler à Maman. Pourtant Maman lui avait bien dit de ne pas nous déranger DU TOUT quand je dormais !

Pendant ma sieste, Maman a corrigé le texte de la fête des mères : « Les chevaux m’ont appris a être maman ».

Bernard, l’oncle de Maman, est passé à mon réveil. Maman et lui ont parlé d’abord dans le bureau de Grand-Pa. Puis on est allé un peu dehors, tous les trois, sur les marches devant le salon. Il dit à Maman qu’il avait lu les deux tomes des mémoires et en avait parlé à Grand-Pa en lui ramenant les deux manuscrits lundi 13. Moi, j’étais très grincheux, je chouinais de fatigue. Du coup, je perturbais passablement leur conversation… Maman m’a alors amené dans la cuisine, on a fait le goûter. Aujourd’hui au goûter, je mange tout seul !

Oma est arrivé et a discuté à son tour avec Bernard, puis il est reparti. Oma est venu jouer au ballon avec moi dans le jardin.

Ensuite, avec Oma et Maman, on est allé voir les voisins du fond. Ils n’étaient pas encore au courant pour Grand-Pa… Ils avaient de super jouets dans leur jardin ! Un trampoline, dans lequel Maman m’amena : on s’est amusé comme des fous, tous les deux ! C’était un grand trampoline avec des filets sur les côtés, rien à voir avec le petit qu’on avait à la maison. Ils avaient aussi un portiques avec des balançoires de grand et surtout un toboggan. Malgré son mal au dos de plus en plus intense, Maman me fit glisser, glisser, glisser, encore et encore. J’adorais ça ;-).

En fin d’après-midi, Maman informa ses élèves au sujet de la reprise des cours. « Bonjour, je reprendrai mes cours le jour et à l’heure habituelle, à partir de lundi 27 mai. Pour celles et ceux que je n’ai pas toutes les semaines, je vous enverrai un sms plus précis. Merci à toutes et à tous pour vos messages de soutien. Votre affection m’a fait chaud au cœur. Bises. Lisa. »

Le soir, une fois que je fus couché, Maman commença à lire le premier tome des mémoires de Grand-Pa. Elle fut secouée par la lettre qu’il avait mis en introduction, à l’évidence à l’attention des lecteurs de cet écrit. Elle fut tant touchée et attristée qu’elle envoya des sms à Bernard, qui venait de les lire. Il lui dit qu’il en avait parlé à Grand-Pa Philippe. Sans doute avait-il écrit ce courrier introductif dans une période de grande dépression… 

Samedi 25 mai

Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de Kolina ! Elle avait 12 ans, ce qui correspondait à 36 ans en l’âge humain. Elle avait presque le même âge que Maman, du coup :-).

Ce matin, on est allé faire quelques courses au supermarché juste en bas de chez Oma. Moi en poussette, Maman et Oma à pied. Oma a ensuite cuisiné de bons légumes bios pour moi et Maman a fait de la pâte pour me faire des petits pains. Oma fut très étonnée de la façon dont elle s’y prenait. Elle ne faisait pas du tout la pâte à la levure de la même façon que Maman.

J’ai fait un bon dodo de 13h à 16h30. Je commençais à récupérer de la longue soirée de jeudi. Pendant mon dodo, Maman a aidé Oma à avancer dans le courrier qu’elle voulait faire en remerciement aux innombrables lettres qu’elle avait déjà reçues pour le départ de Grand-Pa. Comme Maman avait l’habitude des mise en page sur l’ordi, elle avait notamment déjà fait son propre document en début de semaine pour l’enterrement, elle pouvait aider Oma sans problème. Il y eut une version française et une allemande. Oma, d’origine allemande, avait encore de la famille et des amis de l’autre côté de la frontière. Maman corrigea aussi la fin de mon journal, elle en était au 6èmois (mois M-12).

Voici le texte de remerciement de Oma :

« Pour les uns ce message est une première information (veuillez excuser ce retard qui n’est pas un ‘oubli’), pour les autres l’occasion de vous remercier de toutes vos paroles réconfortantes, vos écrits pleins de tendresse et d’encouragement, vos dons et les fleurs ainsi que votre participation vocale et instrumentale qui m’ont aidée à passer cette première étape douloureuse et qui vont m’accompagner par la suite.

De tout coeur Angelika 

Philippe Dumoulin est parti le 18 mai 2019. Il laisse derrière lui :

sa femme Angelika, 

son fils Emmanuel, ses deux petites filles Zoé et Alix, 

sa fille Elisabeth, son petit fils Angelo, 

son fils Pascal, ses petits-enfants Ayelen, Amelie et Bastian, 

sa fille Sophie, 

ainsi que ses trois frères Bernard, François et Guy…

Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt il reste seul

mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits

(Jean 12, 24)

En cette saison où tout tend vers la vie, croît et s’épanouit est-il concevable qu’un être proche disparaisse, que l’on doit le confier à la terre ? Alors que le ciel bleu est plein de lumière, que la nature se présente en un vert déjà éclatant de plénitude et nous offre ses premiers cadeaux……

Pour le jardinier attentif, attendre de voir germer les graines après les avoir posés en terre est plutôt acte joyeux plein de curiosité et d’espoir de voir la plante grandir et préparer ses fruits…

Philippe nous a quittés en ce mois de mai, brusquement, en nous laissant dans la stupeur, le désarroi, la tristesse.

Il avait passé une journée en musique et l’orgue de Pontaumur avait fait résonner le choral de Bach « Devant ton trône je vais paraître » ; le soir, seul à la maison, il a fini sa dernière journée avec des lectures d’auteurs grecs ; c’est dans la sérénité qu’il a été rappelé vers son créateur….

A mon arrivée (trop tardive après la répétition du choeur) tout était fini, plus aucune aide n’était possible…..

Maintenant, posé en terre, il est « mort » à la vie visible mais vivant d’une façon encore plus intense en chacun/e de nous, chère famille et chers amis. Ce qu’il a semé dans nos coeurs va germer, grandir, fructifier et c’est dans l’espérance et la gratitude que nous pourrons ressentir les bienfaits de cette présence vivifiante et recevoir les dons d’un être cher tout au long de notre propre vie…

Unis par la musique elle était aussi notre forme de louange, le chant grégorien pour Philippe, les chorals luthériens pour moi et les chants de Taizé pour nous deux.

Pendant les 42 ans de notre vie commune le texte choisi pour notre mariage (psaume 71 versets 19 – 23) nous a guidés. Dieu a tenu sa promesse et nous a gardés à travers les difficultés rencontrées et nous a fortifiés. Notre louange terrestre était faible mais à présent Philippe est uni aux choeurs célestes.

Mes lèvres jubilent et mon âme que tu as rachetée est dans la joie (v. 23) » 

Petite remarque : rien ne vous a interpellé dans l’écrit de Oma ? Grand-Pa a écouté un choral de Bach intitulé « Devant ton trône je vais paraître » (« Vor deinem Thron tret’ ich hiermit », en allemand. Il s’agissait, en quelque sorte, du testament musical de Bach, qu’il avait dicté alors qu’il était aveugle et mourant ! N’était-ce pas là encore un merveilleux signe nous indiquant qu’il était écrit que Grand-Pa partirait ce jour précisément ??? Lui aussi allait très bientôt paraître devant le « trône » du tout puissant. Lui aussi avait de gros problèmes de vue qui l’handicapaient fortement dans sa passion. Bach, aveugle, pouvait encore jouer et composer de la musique. Si Grand-Pa avait perdu la vue à ce point, il aurait été inconsolable… Bach était un des compositeurs préféré de Oma et peut-être aussi de Grand-Pa. Qu’il ait été présent pour sa dernière journée, tout comme Platon, son philosophe préféré, pour sa dernière soirée, rien ne pouvait être plus parfait, plus magique :-). Merci à l’univers <3 !

Ensuite, on a fait mon goûter, pendant la cuisson des petits pains, dont la pâte avait bien gonflé pendant ma sieste. On est ensuite parti tous à Clermont, dans la boutique d’impression où Maman était allée mardi, avec Odile et moi, pour imprimer ses propres documents. 

Au retour, petit moment au jardin tous les trois, à la fraîche.

Maman écrivit la carte de fête des mères pour Oma. Car demain dimanche, ce serait la fête de toutes les mamans <3. 

« 25 mai 2019

Maman,

j’avais choisi cette carte et décidé de te l’envoyer, il y a de cela plus d’une semaine… Finalement tu l’auras en main propre et ce qu’elle figure prend une toute autre signification.

J’avais, au départ, choisi cette carte car pour moi le rouge représente la force et la chaleur d’une mère. Il y a la grande tête entourée de 3 têtes moyennes et de 4 plus petites. Comme toi, tes 3 enfants et 4 petits enfants. Pour la fête des mères, je trouvais cela assez symbolique.

Maintenant, elle prend un autre sens. Ces « poignées » sont celles de portes. Les portes qui font passer d’une étape à l’autre dans la vie. L’arrivée dans le ventre de la mère, la sortie du ventre, la maîtrise de la marche, du langage, la puberté, la vie hors du nid familial, la vie à 2, puis à 3…ou plus. Puis la vie de nouveau à 2, puis éventuellement seul. Puis le passage dans l’autre dimension. C’est comme si, à chaque étape, on poussait, franchissait une porte qu’on ne pouvait alors plus prendre en sens inverse…

Désormais, Papa a franchi une grande porte, toi, nous et tous ses proches aussi. Ce n’est pas mieux, ni moins bien. C’est une nouvelle étape, une nouvelle pièce dont nous avons tous franchi le pas de porte, le pallier, sur notre chemin de vie. Comme toute nouveauté, il faut du temps pour s’y familiariser et que cela devienne normal, habituel.

Pour Papa, ce doit être exceptionnellement nouveau, surprenant.

Pour toi, une nouvelle liberté et indépendance.

Pour nous, une nouvelle forme de communication avec notre père, qu’il va falloir apprivoiser.

On se souviendra longtemps de cette fête des mères que nous avons commencé à 3 générations, dont 2 mères…

J’aimerais qu’à cette occasion, on arrive à se faire une promesse toutes les deux. Celle de ne plus jamais se faire de mal à l’une et à l’autre. Pour ne pas avoir de remords et de regrets, mais que de bons souvenirs.

Je t’aime, Maman… 

Lisa »

Ensuite les voisins sont passés à la maison. Ils sont très, très, très gentils, vraiment. Oma a de la chance de les avoir et réciproquement.

Ce soir, Maman communiqua avec Loreena par SMS. Elle dit à Maman que Grand-Pa se sentait bien et lui conseilla de s’occuper d’elle désormais….

« Bonjour ma chère Loreena pour ton gentil mail qui m’a beaucoup touchée. » 

(Maman avait envoyé son long texte de l’enterrement à Loreena. La jeune femme avait été extrêmement émue…) 

« Excuse-moi de t’avoir fait pleurer,ce n’était pas le but. Je viens mardi vers 12h30 comme d’habitude ? Chouette pour les oraux :-). On verra si on peut rattraper un peu de travail pendant le pont qui vient. Je t’embrasse très fort <3 <3 <3 <3

– Coucou Lisa, ne t’excuse pas, c’est pour te dire que c’est vraiment beau ce que tu as écrit. Il est fier de toi, je le sens. Alors pour le cours parfait 🙂 Oki on verra. Je t’aime très fort <3.

– Merci, tu es gentille <3. On garde jeudi à l’heure habituelle pour le moment ? Ou tu ne seras pas rentrée de ton concours ? J’aimerais tellement savoir comment il se sent…

– Je ne serai pas rentrée, je ne rentre que jeudi soir tard. Il est bien, rassure toi <3.

– Ok on verra du coup. Tu sens quelque chose au sujet de mon papa ?

– Oui de l’apaisement et un sourire.

– La paix, je la sens aussi. J’espère tellement qu’il sera plus heureux et se sentira plus à sa place qu’ici bas…

– Il sera entouré d’êtres de lumière maintenant, il faut que tu te concentres sur toi Elisabeth. Heu, je ne sais pas pourquoi je t’ai appelée comme ça…

– Parce que lui m’appelle Elisabeth, c’est mon vrai prénom. Il a écrit des choses tellement triste… Je ne pensais pas qu’il avait été si triste toute sa vie.

– Oui, mais je t’appelle jamais comme ça, mais ça m’est venu tout seul. Beaucoup de personnes gardent en elles de la tristesse pour ne pas inquiéter leurs proches. Mais maintenant ce n’est plus qu’énergie et sérénité.

– J’espère qu’il a assisté à toutes les conversations que j’ai eu avec lui… Je lui ai dit tout ce que j’avais dans le cœur… J’ai tellement pleuré hier soir après avoir commencé la lecture de ses mémoires… Je lui ai dit ensuite : « Pourquoi as-tu écrit des choses aussi tristes à notre intention, mais pourquoi ???? »

– Oui, j’en suis convaincue. Les prochains jours vont être durs , mais ça va aller de mieux en mieux. Et lorsque tu te sentiras prête, tu pourras parler avec lui. Tu as senti une réponse ?

– J’ai de suite envoyé un sms à son frère avec lequel il était le plus proche. Et qui vient de lire les deux tomes de ses mémoires. Il lui a ramené le 13 mai, le lundi de la semaine de son décès justement. Il a répondu qu’il m’en parlerait. C’était lors d’un de ses épisodes dépressifs… Je pense que c’est mon père qui m’a donné l’envie de m’adresser à son frère. C’était la meilleure réponse qu’il pouvait me donner… J’ai envie d’aller voir Nadine, mais je ne sais pas si c’est une bonne idée. Du moins, je ne sais pas quand.

– Pourquoi as-tu envie d’aller voir Nadine ? Qu’attends-tu ?

– Des réponses de mes guides. Savoir si j’ai fait ce que mon père attendait de moi. Pour pouvoir lui laisser suivre sa route en paix et poursuivre la mienne de mon côté.

– Lisa qu’importe ce que tu as fais, fait ou fera, ton père est et sera fier de toi et il t’aime, je te le jure… Si tu me le permets, je peux essayer de me connecter avec lui.

– Oui si tu sens que tu en as envie, je suis d’accord.

– Oui je me sens plus connectée en ce moment, je ne sais pas pourquoi, j’essaiera alors. As-tu une question en particulier à lui poser ? Où veux-tu savoir quelque chose ?

– 1. Es-tu heureux là où tu es désormais ? 2. As-tu enfin trouvé ce que tu as tant cherché toute ta vie ? 3. As-tu saisi tout ce que je t’ai dit lors de mes longues conversations avec toi toute cette semaine ?

– D’accord, je vais également avoir besoin de son prénom et son nom et de ses dates de naissance et de décès.

– Voilà. Fais comme tu le sens Loreena… Je sais que tu as un sixième sens extraordinaire. Et je te remercie pour ta proposItion <3. Philippe Dumoulin né le 19 mars 1937, parti le 18 mai 2019. Tu veux essayer ces jours-ci ?

– Merci de me faire confiance, je ne peux rien te promettre malheureusement, mais je vais essayer et dès ce soir. Ce que j’ai fait c’est que j’ai écrit sur une petite fiche d’une côté son prénom et nom plus ses dates et de l’autre côté ton nom et prénom plus tes questions. Je vais le placer sous mon oreiller et m’y concentrer avant de dormir, il m’apparaitra sans doute dans mes songes.

– Il est décédé il y a exactement une semaine. Vers 22h30. Tu m’étonneras toujours :-).

– D’accord, je vais faire de mon mieux. D’ailleurs il faudra que je te raconte, il m’est arrivé plusieurs choses assez incroyables.

– Il me tarde 🙂 🙂 🙂 !

– Moi aussi !

– Gros gros bisous, je vais au dodo. Demain, on se lève tôt car on rentre à la maison <3.

– Oki. Passe une belle nuit. Bisous <3. »

Maman n’eut pas le courage de continuer à lire les mémoires de Grand-Pa, pour cette dernière soirée dans sa maison. C’était trop douloureux, trop frais, cela la faisait sombrer dans une trop profonde tristesse. D’ailleurs la veille et l’avant veille, plusieurs fois, Maman était venue faire un câlin à Oma et était en pleurs. Alors qu’elle était initialement aussi restée pour consoler sa mère, c’était elle, finalement, qui avait besoin d’être consolée… Grand-Pa lui manquait déjà tellement.

Du coup, ce soir-là, Maman regarda des photos et des vidéos des chevaux et d’elle pendant la grossesse, donc aussi avec moi :-). Elle comprit que cette envie lui venait de Grand-Pa. Elle devait se consacrer à ses enfants et se concentrer sur la famille qu’elle avait commencé à construire, à son avenir à elle. Penser à elle et aux autres êtres qui lui étaient chers et qui eux, bien vivants, avaient besoin d’elle sans doute désormais plus que lui, qui était en route pour la lumière…

Ce soir, vers 22h30, cela faisait exactement une semaine que Grand-Pa avait pris la route, la grande route céleste…

Dimanche 26 mai

Aujourd’hui, c’était la fête des mères, notamment celle de Oma e&t de Maman.

Nanou fut la première à envoyer un message à Maman. Message qui la toucha énormément au point de lui faire monter, encore une fois, les larmes aux yeux <3. Nanou, elle nous connaissait si bien tous les deux, qu’elle savait exactement ce que j’aurais pu dire à ma maman en pareil occasion 🙂 :

« Un petit ange m’a confié un secret,

celui de dire à sa maman qu’il l’aime très fort,

et qu’il est fier d’avoir une maman comme il a.

Elle a de grands bras pour faire des câlins qui le réconfortent,

un sourire qui le rend tellement heureux,

une bouche pour faire plein de bisous

et un regard rempli d’amour.

Il ne peut pas te le dire, mais je te le dis pour lui.

Ton fils t’aime infiniment et inconditionnellement.

Tu es une chouette maman.

Bonne fête ! <3 <3 <3 »

Maman offrit sa carte et son texte à Oma qui fut très touchée, elle aussi. Ensuite, Maman se mit à préparer les bagages pendant que Oma s’occupa de moi.

Tata Sophie est passée avant notre départ. Elle offrit une rose (une fausse, de couleur orangée, qui avait l’avantage de ne pas faner) à Maman et Oma pour la fête des mères… Maman fut très touchée par ce geste. Elle savait que cela venait du cœur d’une femme qui aurait aimé, elle aussi, qu’on lui célèbre sa fête aujourd’hui…

Nous sommes finalement parti vers 11h. Au bout d’une heure de route, ou cours de laquelle je fis dodo, nous nous sommes arrêtés (comme la dernière fois) chez le parrain de Maman, Roland, près de Brioude (plus exactement à Vergongeon, chez son fils Jean-Pascal et sa belle fille Marie-Alice).

Leur petit fils, Victor, âgé de 19 mois, était là aussi et nous avons mangé ensemble. Enfin presque. Moi, j’étais assis dans dans la chaise haute. Vorace, comme toujours, je mangeais tout le repas qu’avait préparé Maman. Victor était assis sur une petite chaise, à une table basse pour enfants. Il avait un appétit d’oiseau. Bien qu’il ait plusieurs mois de plus que moi, il était plus petit et beaucoup plus frêle. Nous ne venions pas du même moule, c’était clair, mdr ! Moi j’étais une force de la nature. Mais je n’étais pas gros autant, attention ! J’avais une carcasse très solide et une musculature de sportif, comme mon papa et ma maman, en somme.

Ensuite, vers 13h, on est reparti. Je suivis mon rythme et dormis tout le long du trajet. Bercé par le bruit du moteur et parfois aussi par la voix de Maman. Elle appela notamment Mamie Yvonne qui voulait savoir comment se passait le séjour, comment allait Oma, etc… Elle savait ce que c’était de perdre son mari, elle qui est était veuve depuis 35 ans déjà !

Papa travaillait aujourd’hui aussi, bien que ce soit dimanche. Nous sommes rentrés presque en même temps. Il était très fatigué. Ils ont vite déchargé la voiture.

Comme Maman avait très, très mal au dos, au point de presque ne plus pouvoir marcher, ni bouger, Papa proposa de l’aider pour le terrain. Elle devait absolument arroser…

Du coup, nous voilà partis à deux voitures, une fois que Papa eut aidé Maman à charger les bouteilles (plus d’une centaine !) dans la voiture. Il aida aussi Maman à les décharger au terrain. Puis, on est rentré tous les deux, entre hommes. Papa me fit le diner, le bibi et me mit au dodo. J’étais super heureux de retrouver mon papa chéri <3.

Pendant ce temps, Maman se rendit aux écuries, récupérer ses chevaux, qu’elle avait trop besoin de voir. Elle partit à pied avec eux au terrain. Bien qu’il y avait un bon kilomètre entre l’écurie et son terrain, Maman avait décidé qu’elle arroserait avec ses protégés. Ainsi elle pourrait passer un bon moment avec eux, recharger ses batteries tellement à plat et eux profiteraient d’elle et de la verdure abondante :-). Il l’aidèrent beaucoup pour marcher, ils la tiraient presque chacun d’un côté. Un peu comme deux infirmiers qui aideraient un patient à retrouver l’usage de ses jambes. Malgré sa ceinture lombaire serrée à bloc, Maman avait énormément de mal à marcher seule… Encore une fois, ses chevaux lui prouvèrent qu’ils étaient aussi là pour elle, pour l’aider à surmonter les épreuves de la vie, pour l’aider à avancer dans la bonne direction :-).

Elle arrosa pendant 1h30, Kolina et Duende broutant en sa compagnie. Kolina était douce et tranquille alors que Duende était plutôt énervé. Une fois arrivés au terrain, Dudu fit un gros câlin à Maman, ils en avaient besoin tous les deux. Puis il fit le couillon au pré, trop content de ce cadeau de liberté. Il avait besoin à la fois de se défouler et de câliner, ce petit lutin sensible et facétieux. Koko, elle, avait mal au pied et boitait un peu, ce qui expliquait en partie son calme inhabituel. Mais en partie seulement. Elle était contente de revoir Maman, dont elle percevait l’état émotionnel et énergétique, avec son scanner hypersensible… Elle savait que Maman avait besoin d’affection et de douceur, et non d’énervement et de gestes brusques. 

Ce fut pendant le trajet l’aller, puis tout au long de l’arrosage que Maman sentit Grand-Pa planer au-dessus d’elle. Elle en témoigna aux membres de sa famille le surlendemain dans un mail, dont voici un extrait :

« Bonjour à vous toutes et tous, (…)Je ne sais pas comment vous allez, j’espère que la reprise ne fut pas trop difficile.De mon côté, cela s’avère plus dur qu’à Blanzat. J’ai le dos bloqué et extrêmement douloureux depuis jeudi matin. Comme toujours, je somatise. Le chagrin m’a envahi, j’ai passé ma première journée de cours en pilotage automatique. Mais je sais que c’est normal… Je serais bien restée une semaine de plus à Blanzat.Dimanche soir, en rentrant, j’ai amené mes chevaux au terrain non loin de l’écurie. En marchant avec eux, j’ai eu comme une vision. Un ressenti très fort plus exactement. Papa flottait dans le ciel, très haut au dessus de nous. Il me souriait. C’était drôle. Il avait les bras et les jambes écartées, et planait comme un grand rapace. Je lui ai parlé tout le long du trajet. Des chevaux notamment. A quel point j’étais heureuse en leur présence et réciproquement. Désormais il comprendrait enfin ce qu’ils m’apportaient, la relation que j’avais avec eux. Je lui parlais aussi du bouddhisme et de la nécessité d’accepter que tout change tout le temps, que rien n’est figé, qu’on ne peut rien figer, ni fixer. Il faut se laisser porter. Profiter de chaque moment présent. Ne pas chercher à rattraper le passé, comme il le faisait lui. La sagesse bouddhiste enseigne cela. La seule chose qui importe c’est d’être pleinement dans le présent, avec une conscience des plus ouvertes, aiguisée. Je ne l’avais pas appris dans les livres, mais auprès de mes plus chers amis…La présence de Papa ne m’a pas quittée toute la soirée. Désormais, son corps était dans un grand tissu, couleur vert forêt. Il flottait toujours au dessus de moi, haut dans le ciel.Hier soir, je suis rentrée vers 22h du travail, avec des douleurs de dos insupportables… Après avoir tout préparé pour le lendemain, et m’étant couché, j’ai eu comme souvent, ces soirs-ci, un gros coup au moral. Blottie dans les bras de Jean-Luc, je ne pouvais retenir les larmes. J’ai de nouveau eu un ressenti très fort. Comme si Papa, de tout son corps ample, doux, toujours vert foncé, nous enveloppait tous les deux pour me réconforter. Est-ce mon imagination qui me joue des tours? Franchement, je suis certaine que non. La présence de Papa m’apaise, même si le chagrin est là, profond désormais.Je tenais à vous partager cela, vous ouvrant mon coeur. Faites-en bon usage. Que mon témoignage vous aide aussi à apaiser votre peine. Philippe est encore à nos côtés, c’est certain. Il est heureux et nous envoie son amour en direct…Je vous embrasse.Lisa »

Lors du retour en voiture, sur la traverse qui allait à Sainte-Marie, après le terrain, Maman vit une laie avec ses petits marcassins traverser la route à quelques mètres d’elle. Encore un signe de Grand-Pa, en ce jour de fête des mères ? La grande roue de la vie continuait sa trajectoire, aussi inexorable que magique…

Lundi 27 mai

Une nouvelle semaine commençait, beaucoup plus normale que la précédente. Grosse journée de boulot pour Maman. Moi je reprenais le rythme en me réveillant à 7h. Maman essaya de me recoucher à 9h, mais en vain. C’était fini la sieste du matin, même si je me levais tôt.Journée chez Nanou de 10h à 18h, quel bonheur de se retrouver  :-).

C’est Papa qui est venu me chercher. J’ai beaucoup crisé pendant le repas. Pour me calmer, avant le dodo, Papa m’a baladé en poussette avec doudou. C’est lui qui m’a fait le bibi et qui m’a couché, car Maman rentrait tard.Cette nuit, je me suis réveillé en hurlant, à 2h du matin. J’avais fait un caca bombe. Je me suis un peu calmé, mais à peine. Une plus tard, c’était reparti, j’avais mal au ventre… Maman me fit alors un bibi, le bibi qui reparait tout. Je me suis rendormi paisiblement jusqu’au matin.

Mardi 28 mai

Après m’avoir amené chez Nanou, de nouveau pour 10h, Maman est allée au terrain avant de commencer les cours. Elle devait amener les pots d’avocats et désherber un peu… Ce soir, j’ai de nouveau été infernal avant le repas avec Papa. Il s’est tellement énervé qu’il a bien failli lever la main sur moi, tant il était excédé. Mais il s’est retenu… Maman et Papa étaient fatigués et moi aussi. On manquaient tous de sommeil. Et cette semaine qui entoura le décès de Grand-Pa, nous affecta bien sûr tous les trois.Maman avait le dos complètement bloquée, c’était de pire en pire. Papa me coucha de nouveau avant son retour.

Mercredi 29 mai

Cette nuit, j’ai mieux dormi mais je me suis réveillé tôt, à 6h30. Maman avait le dos brisé. Papa était épuisé. Ce matin, fatigué mais moins sur les nerfs, je fus partant pour une sieste. Maman me coucha à 8h et je dormis jusqu’au départ, obligatoire, chez Nanou, vers 9h30. Maman travaillait à 10h30, donc pas le choix.

Ce matin, petit clin d’oeil de Grand-Pa ! A Oma, cette fois-ci. Elle avait rendez-vous à la Banque Postale pour clôturer les comptes de Grand-Pa. Étrangement, toute l’informatique est en panne ! Quand on sait à quel point Gran-Pa détestait tout ce qui était informatisé et numérisé (il était adepte du papier et de l’écriture manuscrite), on comprend qu’il avait gentiment mis un coup de pied dans cette grosse toile d’araignée numérique, pour faire une blague à la banquière et un petit coucou à sa femme ! Hihihi !

Ce soir, Maman rentra assez tôt pour me faire le bibi. A 20h30, je dormais à poings fermés, très serein. J’avais quand même encore souvent besoin de ma maman, le soir, pour partir paisiblement pour une longue nuit <3.

Jeudi 30 mai 

Réveil normal, 7h30. Aujourd’hui Nanou ne travaillait pas et Papa non plus, car c’était férié : jeudi de l’ascension. J’ai refait un dodo de 9h à 10h : je reprenais mon ancien rythme. Pendant ce temps, Maman écrivit l’introduction du livre souvenir qu’elle voulait faire pour Grand-Pa. Maman travaillait quand même aujourd’hui, comme d’habitude. Elle ne partit qu’à 11h30. 

Je passai le reste de la journée avec Papa.

Quand Maman rentra, Papa mit les bouteilles dans sa voiture et les amena au terrain pour le prochain arrosage. Eh oui, c’était bientôt l’été, il faisait chaud, les plantes avaient soif !

Du coup, ce fut Maman qui me fit le bibi et je passai une super nuit :-).

Vendredi 31 mai

Réveil de nouveau à 7h30 et sieste de 9h à 10h. Ce fut Papa qui m’amena chez Nanou pour 10h30, Maman était parti plus tôt, elle avait cours avec Loreena. Sur la route, elle s’arrêta à Biocoop : il lui fallait du lait pour moi et des fruits et légumes bio. Après son cours avec Loreena, elle passa voir ses chevaux une petite heure. Elle profita d’avoir un « trou » dans son planning pour leur faire de gros câlins.

Pendant le dernier cours de Maman, après mon repas et avant le bibi, Papa me fit sortir au frais sur la terrasse. Pendant une fraction de seconde, il relâcha sa surveillance. Une histoire à la con : la fermeture du sac de Nanou bloquait alors qu’il cherchait ma casquette pour me protéger du soleil. Le soir, j’étais fatigué et je n’avais souvent plus les idées bien claires. J’ai loupé la marche qui va de la véranda à la terrasse et je suis tombé la tête la première sur le béton ! Gros bobo à la lèvre et au nez… Lèvre où j’avais justement déjà été blessé deux fois dernièrement :-(. Papa téléphona d’urgence à Maman qui terminait son cours chez son amie Alexandra, avec son fils Etienne. Elle arriva au plus vite. Elle me mit de l’éosine sur les bobos. Je ressemblais à un clown ! Elle rassura Papa, qui n’était pas bien du tout. Ce n’était rien de grave, je n’avais rien d’autre. C’est elle qui me fit le bibi. Elle constata à cette occasion que j’étais normal, que je me comportais comme d’habitude. Pas de problème neurologique, notamment, qui aurait pu être déclenché par le choc sur la tête. Elle dit à Papa que si la nuit était compliquée ou qu’elle trouvait d’ici demain que j’avais un comportement bizarre, alors il faudrait aller consulter, et peut-être même envisager de faire un IRM crânien. 

Le bobo de la lèvre était très, très profond. Il me faisait super mal et me réveilla, à cause, notamment, du contact avec la suçu… A 2h, je me suis donc réveillé en hurlant. Maman vint me rassurer. Elle me donna immédiatement une dose de sirop qui enlève le bobo, car elle savait que j’avais très mal, et me fit un gros bibi. Je me rendormis jusqu’au matin, 7h45. Maman, elle, avait toujours le dos ultra, ultra douloureux…

Samedi 1er juin

Ce matin, j’allais très bien. Papa commença à moins se faire de souci. Mais il s’en voulait terriblement de ne pas avoir été plus vigilant. Maman travaillait… On est allé voir Mamie avec Papa. Je ressemblais vraiment à un clown !

En rentrant, elle alla arroser au terrain, avec les bouteilles que lui avait amenées Papa l’avant-veille. Papa m’amena alors lui faire un coucou. En rentrant du terrain, elle pensa fort à Grand-Pa. A ce moment-là, elle vit un vol de cinq oiseaux traverser le ciel juste devant elle. Un clin d’oeil de lui <3 <3 <3 <3 <3.

A 21h, je suis au dodo, couché par Maman.

Dimanche 2 juin

Je dormis enfin jusqu’à 8h. Et j’eus quand même besoin d’une sieste vers 10h. Maman cuisina, fit du rangement, du ménage dans la maison, arrosa et désherba le jardin, etc. 

Après le goûter, on est allé voir Duende avec Papa et Maman. Maman monta Duende en tapis et Papa pris son vélo avec moi sur le siège enfant. Vous vous demandez peut être comment Maman peut monter avec le dos bloqué. Sacrée énigme ! A terre, en allant chercher Duende, elle était courbée comme une vieille mamie de 99 ans. Mais une fois à cheval, elle avait retrouvé sa mobilité, grâce à de nouvelles jambes. On s’est régalé. Maman a même trotté et galopé à côté de nous. C’était trop rigolo. Moi, j’étais tranquillement assis derrière Papa et je me tenais très sérieusement aux accoudoirs. Une fois à terre, malheureusement, Maman avait beaucoup plus mal qu’avant et ne pouvait presque plus marcher… Aïe…

Au dodo nickel. Ce soir, Maman a commencé les prémisses du livre souvenir de Grand-Pa en tapant ses dernières volontés au propre. Dans la nuit, j’ai fait un cauchemar et me suis réveillé en pleurs. Même pas envie de la suçu pour me consoler… C’était à cause de mon bobo, la suçu faisait trop mal dessus. 

Lundi 3 juin

Aujourd’hui, Maman était extrêmement bloquée du dos. Elle m’amena quand même chez Nanou pour 10h, mais elle eut énormément de mal à sortir de la voiture et demanda de l’aide à Nanou pour me sortir moi et mes affaires. Une grosse journée et semaine de travail l’attendait. Elle avait très peur du lumbago et d’être complètement bloquée. Donc inapte au travail. Or il ne lui restait que trois semaines avant la fin du bac et du brevet. Elle devait tenir le coup, elle. Pour elle, c’était purement psychosomatique. Le mal fut déclenché par le départ de Grand-Pa…

Dalila, la maman de sa deuxième élève de la journée, Lilia, ne put supporter de la voir dans cet état ! Elle est infirmière…et chamane ! Elle adorait Maman depuis leur première rencontre. Elle lui mit un patch de Voltaren et lui conseilla fortement (lui ordonna presque !) de prendre un Advil pour éviter que cela ne dégénère.

Papa vint me chercher à 18h. Quand Maman arriva vers 19h30, elle écouta les conseils de Dalila et prit enfin un Advil ou le générique correspondant. Ensuite, Maman et Papa durent amener la mini à Feu Vert car Maman en avait besoin demain. Elle devait en effet amener son kangoo pour le changement de la courroie de distribution. Cela avait été prévu initialement pour le vendredi de la semaine chez Grand-Pa et Oma… Maman serra les dents, une fois de plus pour monter dans la voiture et en redescendre… 

Ce soir, ce fut elle qui me fit le bibi, mais elle fut incapable de se relever du ballon (sur lequel elle me berçait) pour ensuite me mettre dans mon lit d’enfant, à barreaux. Papa dut venir pour la seconder dans ce geste trop « physique » dans son état. Je pesais quand même presque 13 kg !

Mardi 4 juin

Maman fit un rêve étrange cette nuit… Grand-Pa et Oma se séparaient, sur ordre de Oma. Cette dernière semblait aller très bien. Grand-Pa, lui, était triste et impuissant. Cette décision ne lui appartenait pas. Il fit juste une requête à ses enfants : « Vous viendrez me voir, quand même, au moins deux fois par an, pour Noël et pour mon anniversaire ? »

Maman se demandait ce que signifiait ce rêve… Que Grand-Pa ne voulait pas partir déjà ??? Que Oma était satisfaite de la situation ??? Pas du tout… ! Les voies des rêves étaient parfois impénétrables…

Ce matin, je fut très calme avec Maman, mais fatigué… J’ai jardiné tout seul ! 🙂

Maman, quant à elle, était totalement bloquée du dos. Elle devait tenir jusqu’à cette après-midi : elle avait alors rendez-vous avec parrain Jean-Phi… Du coup, Nanou vint me chercher vers 9h15, juste après avoir amené Maëlys à l’école. Maman était incapable de s’occuper de moi… Comme je m’étais réveillé à 7h30, ce fut Papa qui me sortit du lit et qui aida Maman jusqu’à son départ. 

Dès que Nanou fut repartie avec moi, Maman partit amener sa voiture à Feu Vert et revint à la maison en mini. Comme elle ne pouvait ni aller au terrain, ni voir les chevaux, du fait de son état, elle cuisina et écrivit. Elle confectionna sa première charlotte aux fraises car les fraises du jardin étaient prodigieusement prolifiques !

Puis elle commença à écrire pour ce journal, le fameux 17ème mois qui clôturerait l’ouvrage.

Entre deux cours, elle put enfin aller voir son kiné-ostéo. Elle n’avait rien de déplacé, juste une ÉNORME contracture qu’il commença à dénouer doucement. Il lui expliqua que les muscles et les émotions étaient très étroitement liés. Cette contracture était évidemment liée au choc émotionnel dû au départ de Grand-Pa… A la fin de la séance, Maman avait un peu moins mal, mais elle il devait la voir encore plusieurs fois, avant que la contracture soit totalement dénouée…

Le lendemain, Maman enverrait un mail à Oma, où elle lui parlait notamment de son dos… 

« Bonsoir Maman, (…)Aujourd’hui c’est étrange, à mesure que la douleur de mon dos s’apaisait petit à petit, j’ai été envahie par des vagues de tristesse, au point de pleurer pendant les trajets entre les cours. En fait, le noeud émotionnel situé dans cette contracture se dénouait et libérait ces émotions que j’avais tenté de taire pour paraître forte… Je sais que je ne dois pas retenir mes larmes et mon chagrin, même si je sens que Papa est bien où il est. Je suis branchée en direct avec mes émotions depuis toujours, les refouler me fait toujours somatiser. Du coup, même si Papa n’aimait pas les pleurnicheuses, je dois accepter le chagrin de la perte, car il est légitime. Voilà…Aujourd’hui j’avais mis la robe du baptême d’Angelo et des tongs. La robe en honneur à Papa, en souvenir d’il y a 15 jours aussi. Les tongs, pour qu’il pleuve. Et il a plu. J’ai remarqué que quand il fait très chaud et que je décide de mettre des tongs, j’attire l’orage et la pluie, c’est étrange…Voilà l’anecdote du soir.Tu me disais que tu n’arrivais pas à te faire des repas à heure fixe. C’est normal, tu dois retrouver un nouveau rythme de vie. Et le manque d’appétit vient des chamboulements que tu vis dans ton quotidien. Tu te sens bien car tu n’es pas seule, tu es entourée, jour et nuit, j’en suis certaine. Mais tu es peut-être trop occupée pour avoir faim, ou sentir ta faim. Cela me fait bizarre d’avoir à te parler de ces sujets, alors que c’est toujours toi qui me sermonne sur ma façon de manger ! Essaie peut-être à te mettre des horaires fixes, c’est à dire de faire tel repas avant telle heure. En regardant une série que tu aimes bien par exemple. Ou en invitant des amis à manger à midi un jour sur deux. Je pense très fort à toi.Je t’embrasse.  Lisa »


Le soir, en rentrant du travail, avant de me récupérer chez Nanou, Papa est allé à Feu Vert en moto pour payer et sortir la voiture du garage. Il fallait désormais que Papa et Maman aille la récupérer…avec la mimi, et évidemment avec moi.Ce soir, je n’allais pas bien… J’avais un peu de fièvre. Maman me fit le bibi tard, vu qu’on avait dû aller chercher la voiture. J’ai eu du mal à m’endormir. J’étais énervé par cette journée peu ordinaire et par le fait que Maman n’aille pas bien… Et moi, en plus, j’étais fiévreux…

Mercredi 5 juin

Je me suis réveillé tôt, à 7h30, j’ai pris mon bibi, mais comme je n’étais pas trop en forme, Maman m’a recouché à 8h45. Avant j’ai fait câlins avec Yuki <3

Je me suis rendormis jusqu’à ce qu’elle vienne me réveiller, à 10h passé, pour aller chez Nanou. J’étais d’assez mauvais poil car encore très fatigué.En partant de chez Nanou et en allant chez Loreena, Maman a téléphoné à John, un ami de Noémie. Vous vous souvenez ? Je vous ai déjà parlé de lui. C’est une personne hypersensible aux rayons électromagnétiques ! Un clin d’oeil de Grand-Pa, moi je vous le dis 😉 !

Voici le début du texte que Maman écrivit sur lui et sur leur rencontre singulière, dans laquelle Grand-Pa et d’autres êtres de lumière n’étaient pas étrangers…

« John PEIRESMAN,– atteint du syndrome HSE et chamane -, dimanche 9 juin 2019

Je cherchais, sans chercher activement, quelqu’un qui puisse m’aider à mettre l’eau au terrain et qui soit dispo réellement. Jusqu’à début juin, j’avais beaucoup de travail avec les révisions du bac. J’attendais que ça se calme pour réfléchir plus sérieusement à la question. Et là, la semaine du 3 juin, deux semaines avant la fin du bac, je vois un post sur facebook, partagé par Noémie, une de mes meilleures amies. Un de ses amis est atteint du syndrome HSE (pour hyper-sensibilité électromagnétique). Je vous partage son post :

« John Peiremans, 3 juin

Merci à tous de diffuser ce message.

Je suis John, je vis près de Perpignan, j’ai 40 ans cette année, 3 enfants, une femme, 5 poules, 4 poulets et un syndrome de HSE (hyper sensibilité électromagnétique). Vous savez, cette maladie que la France ne reconnait toujours pas…(Refus de la Maison Départementale des Personnes Handicapées).

Cela fait 6 mois que j’ai dû quitter mon emploi devenu inadapté dans une Biocoop pour gérer le syndrome et récupérer une santé stable.

C’est fait! Nous avons aujourd’hui un projet familial d’agriculture vivrière en construction, reste maintenant à maintenir l’équilibre financier et matériel.

Dans cet objectif, je cherche un employeur audacieux!

Certes je ne peux plus rester en ville, aller dans les lieux publics, être exposé à la wifi, travailler sur ordinateur, avoir un téléphone portable, prendre les transports en commun, aller au resto… Mais à coté de cela, je suis un homme pas comme les autres, disponible, joyeux, autodidacte, sérieux, doté d’une grande capacité d’adaptation et d’un amour profond pour le vivant.

Je vous avouerai que j’ignore si tel employeur existe mais je compte sur la force des réseaux pour que nous nous trouvions.

Merci déjà à tous.

John Peiremans »

Je l’ai immédiatement contacté, car le travail que je pouvais lui proposer correspondait à sa recherche (en espérant qu’il n’y ait pas d’antenne de téléphonie mobile trop proche…). Nous nous sommes contactés par messenger, puis par téléphone. Le contact fut excellent. Nous nous sommes donnés rendez-vous pour le dimanche 9. Avant le rendez-vous, j’ai regardé son profil facebook et vu qu’il avait une page en plus de son profil personnel. Une page dans lequel il parlait de ses activités… chamaniques ! Car oui, John est chamane…(…) »

Maman avait encore très mal et surtout elle se sentait vidée, épuisée. C’était le contre coup de la séance d’ostéo. Le corps pompait dans son énergie pour se rééquilibrer.

Entre deux cours, dans l’après midi, exactement 24h après la séance d’ostéo, Maman se mit à pleurer d’un coup dans la voiture. L’enterrement avait eu lieu deux semaines plus tôt exactement. Son corps continuait de se purger, d’évacuer le trop plein de stress, d’émotions, de retrouver son équilibre, petit à petit, par ses propres moyens. Les moyens les plus lents mais les plus efficaces à long terme…

Jeudi 6 juin

Ce matin, au réveil, j’avais les fesses toutes rouges. Maman comprit que la fièvre était liée aux dents qui me travaillaient de nouveau. J’ai refais une grosse sieste.

Journée chez Nanou, comme d’habitude.

Le soir, lors du dernier cours de l’année de Maman avec Emmanuelle, la maman de cette dernière, Maman, Véronique, lui a offert des cadeaux pour moi :-). Un seau avec pelle et râteau pour la plage et un cadre pour mettre cinq belles photos 🙂 Maman fut super heureuse. Qu’est ce qu’on la gâtait depuis mon arrivée ! Nous avions beaucoup de chance d’être aimés ainsi, tous les deux <3.

Ce fut Maman qui me coucha et je dormis super bien. 

Ce soir, Maman envoya le chapitre 10 d’un livre qu’elle venait de lire, sur l’après vie, aux membres de sa famille, la génération de Grand-Pa (donc principalement ses oncles et tantes)… Le titre du mail était : « Les 4 P » (Sous entendus : Philippe, Papa, Platon et Phédon).

« Bonsoir à vous,

je souhaite partager avec vous un chapitre du livre que je suis en train de livre.

Il s’agit de « Après, quand l’au-delà nous fait signe« , de Stephane Alix. 

J’avais adoré son précédent livre au sujet de la vie après la mort, « Le test. Une enquête inouïe – la preuve de l’après-vie?« . 

En automne 2018 est sorti « Après, … ». Je voulais le lire, les mois ont passé… Désormais c’est le moment.

Aujourd’hui, j’ai lu le chapitre 10 qui a eu une résonance toute particulière pour moi. 

L’auteur parle de son père, d’une conversation qu’ils ont eue quelques semaines avant sa mort… Il est question de Platon… Et d’un de ses écrits tout particulièrement.

Je vous laisse découvrir ce clin d’oeil de/à Philippe !

Il y a eu 8 pages, que j’envoie en plusieurs mails, car un seul ne suffit pas…

Je vous embrasse.

Faites suivre à qui vous le souhaitez ! Notamment la jeune génération !

Lisa »

(Je ne vous mets pas les extraits ici. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire le livre de Stephan Allix, vraiment passionnant lorsqu’on s’interroge sur l’après-vie…)

Vendredi 7 juin

Maman eut de nouveau rendez-vous chez le kiné dans la matinée. Comme c’était mon parrain, elle m’amenait en général, afin de joindre l’utile à l’agréable. Elle commençait à aller un tout petit peu mieux. Moi j’adorais venir avec elle voir mon parrain, il était super drôle et gentil avec moi. Du coup, on est arrive chez Nanou qu’à midi. Grosse matinée avec Maman, pour une fois <3.

Ensuite, comme elle avait un peu de temps avant d’attaquer ses cours et qu’elle était légèrement plus valide, elle alla arroser ses plantes au terrain. Les nouvelles plantations surtout : caroubiers, avocatiers, figuier, noyer. Puis elle vint faire un câlin à Dudu et Koko au paddock. Elle ne les avait pas vus de la semaine…

Ce soir, repas avec Papa. Mais ensuite, je n’ai pas voulu de bibi. J’avais mal au ventre et je faisais plein de pets. Toujours les dents… Je m’endormis quand même bien. 

Samedi 8 juin

Maman essaya de me faire faire la sieste à 9h ce matin. Elle avait le temps, pas de Nanou ; on était samedi, je restais avec Papa. Elle ne partit qu’à 10h30. Mais je ne dormis pas, cette fois-ci. Je me suis amusé tranquillement avec mes peluches. Parfois le matin, j’ai encore vraiment sommeil. Parfois je suis juste fatigué et j’ai besoin d’un temps au calme, avec ma suçu et mes doudous…

Maman avait encore beaucoup de mal à tenir debout et à marcher. La douleur était permanente ; elle était courbée à gauche. Mais ça l’handicapait moins qu’en début de semaine.

Aujourd’hui, on va dire que la loi des séries continua pour Maman ! Alors qu’elle faisait une pause à midi et lisait justement la suite du livre « Après », elle eut un coup de barre. Plus du tout motivée pour continuer sa journée de travail…

Sa voiture l’entendit-elle ? En tout cas, la batterie ne voulut plus rien savoir… Impossible de redémarrer. Papa dut me réveiller, en tout début de sieste, pour venir la remorquer et la ramener au Feu Vert de Claira, alors qu’elle était en panne sur le parking du Lidl de Canet… Maman dut annuler deux cours: Mathilde B. et Alice E..

Au sujet d’Alice, je vais vous raconter une anecdote à mourir de rire. Alice lui envoya un SMS pendant que Maman était justement en train d’attendre sur le parking du Lidl Voici leur conversation, Maman était en panne depuis exactement 30 min, quand Alice la contacta :

« Coucou ! On a une mystérieuse panne électrique du coup envoie-moi un message ou appelle-moi quand tu es là parce que la sonnette ne marche pas. »

Maman l’a alors appelée pour lui expliquer sa propre panne !

Un peu moins de deux heures plus tard :

« Ça y est batterie changée.

– Ah bah c’est une bonne chose et chez nous aussi l’électricité est revenue ! 🙂

– C’est un truc de fou !!!

– J’avoue qu’à ce niveau là !

– On appelle ça des phénomènes de synchronicité…

– Je dirais même plus : synchronicité « connexionnelle » entre engins de type électriques.

– Exact !!!

– Depuis le départ de mon père, je vis plein de trucs étranges… Je crois qu’il me fait des blagues pour me sortir de mon chagrin.

– Mais ça c’est encore un coup des « nonifères » avec leurs cousins les « confères » qui ont encore joué avec le « papétrole « ! 

(Note: ces termes viennent de jeux de mots qu’Alice et Maman avaient fait dans des exercices lors de cours précédents. Des exercices de probabilités conditionnelles avec des conifères et des feuillus, et des forages présentant ou pas du pétrole ! )

– MDR

– Ça doit être ça, y a des choses qui ne s’expliquent pas comme ça, et avec moi t’inquiètes pas que tu peux sortir de ton chagrin. :-):-))

– Oui d’ailleurs je viens d’être prise de fou rire toutes seule en lisant ton dernier sms.

– :-):-):-):-):-):-):-) tu vois ! Niveau imagination si tu me tends la perche, je peux aller trèèèèèèèèès loin. 

– Alors ça j’adore :-):-):-):-)

– Héhé 🙂

– Les cours avec toi, j’adore, on se marre trop bien ! Pourtant on bosse !

– C’est clair !!! J’a-dore. ET JE T’AI PAS DIT !!

– Quoi ???

– Madame Lapoussière nous a à tous offert des lunettes de soleil trop rigolotes !

– Non ?!!!

– Siiiiii ! Look en plus c’est le drapeau britannique, j’étais trop contente 🙂 !

– Une autre prof de maths non conventionnelle ??? Encore une sacrée coïncidence.

– J’en sais rien !! Mais ça m’a fait rire et du coup ça fait une semaine que j’arrive en touriste au lycée avec mes lunettes de soleil :-). C’est la journée aujourd’hui ! Mais c’est quand même tooaaaa que je préfère 🙂

– Tu me fais trop rire ! Merci du coup <3

– Hihiii:-)) de rien, c’et rien 🙂 <3 »

Alors, une panne électrique chez Alice, en même temps qu’une panne de batterie chez Maman. Encore un clin d’oeil de Gran-Pa qui détestait la technologie ?

Papa m’a ramené à la maison et m’a remis au lit dès que nous avons laissé Maman à Feu Vert. Je ne vous ai pas précisé qu’il l’avait aidée à redémarrer avec une corde sur la parking de Lidl, mais qu’il l’avait accompagnée jusqu’au garage au cas où elle ait à s’arrêter et qu’elle n’arrive pas à redémarrer. J’étais crevé… Pas cool d’être réveillé en pleine sieste. Mais là, c’était un cas de force majeur !

Pendant qu’elle attendait pour qu’on lui change la batterie, Maman a continué la lecture de son livre… C’était une évidence, elle devait le lire au plus vite, c’était le bon moment. Elle avait bien avancé, du coup.

Le soir, c’est elle qui me fit le bibi et me coucha.

Ensuite, dans le lit (toujours le canapé-lit du salon), avant de se coucher, il lui arriva un truc étrange, dans lequel elle vit de nouveau un signe de Grand-Pa. Papa, lui, était en haut, dans la salle de bain.

Maman regardait le mur du conduit de cheminée, recouvert d’un crépis blanc, grisé par le temps et la fumée de cheminée. Elle vit des motifs géométriques bouger, comme un kaléidoscope. Ils étaient toujours dans des blanc-gris de différentes nuances. Cela dura quelques minutes. Comme de l’énergie vive qui animait le crépis.

Puis, lorsque Papa descendit l’escalier : plus rien. Comme si l’énergie s’était envolée… Maman crut très fort que c’était Grand-Pas qui essayait de manifester sa présence.

Dimanche 9 juin

Ce matin, Maman a rempli plusieurs bacs de bouteilles d’eau et Papa les a chargés dans sa voiture, remplie à bloc. Puis j’ai fait une petite sieste (9h30-10h30, après un réveil à 7h30). A 11h). On avait rendez-vous aux écuries avec une fille qui était intéressée par le van de Maman. Une fois là-bas, je me suis assis sur le plancher et je me suis régalé à jouer avec les brins de paille, pendant qu’ils discutaient ensemble.

Ensuite repas et sieste. Les parents ont fait dodo en même temps que moi, ils étaient épuisés par cette semaine difficile.

A 17h30, après mon goûter, on est parti rencontrer ce fameux John, à Villelongue-de-la-Salanque. On avait rendez-vous à la Poste, puis on est retourné au terrain. Maman expliqua tout à John pendant que Papa me surveilla un petit moment. Puis il rentra avec moi pour me faire le bain et le repas. On était parti exprès à deux voitures.

Plus Maman rentra à son tour. Après le départ de John, elle avait encore tout arrosé. C’est elle qui me fit le bibi et me coucha. J’étais fatigué et très énervé. Je m’endormis quand même vite et fis une longue nuit de 20h45 à 8h15 !

Voici la suite du texte de Maman sur John : 

« La rencontre se fit en présence de Jean-Luc et d’Angelo. Je souhaitais les intégrer dans le projet de mon terrain, qui me tient beaucoup à cœur. Et puis je voulais avoir le ressenti de Jean-Luc au sujet de John et en quelque sorte son approbation. Il cerne très facilement les gens, il a un genre d’instinct très fiable. 

Rencontre magique. John comprenait absolument tout ce que je lui expliquais au sujet du terrain. Notre rencontre fut d’une fluidité exceptionnelle et me rappela celle que je fis avec Noémie, justement, deux ans plus tôt. 

Une certitude s’imposa à moi, une évidence : John était la personne que j’attendais pour le terrain ! Et sa mission auprès de moi dépasserait très probablement le cadre strict des tâches pour lesquelles je le sollicitais. 

Voici pour les faits, je vais vous donner désormais mon ressenti.

Le fait que John soit en quelque sorte « allergique » à toutes sortes d’ondes électromagnétique m’a fait sourire dès le départ. C’était un clin d’oeil évident de Papa ! Lui qui se battait avec acharnement contre les antennes de téléphonie mobile, ainsi que contre la wifi dans les maisons, m’envoyait, en chair et en os, la preuve de la légitimité de son combat !!! Merci infiniment Papa…

Le fait que le courant passe si bien entre nous me fit penser que nous nous connaissions déjà, dans une autre vie. Exactement comme avec Noémie, j’eus l’intime conviction d’avoir passé du temps avec lui dans une autre vie. Je le sentais comme un frère, tout comme je sentais Noémie comme une sœur.

Le fait qu’il soit chamane, fut le « couronnement » de ces ressentis. Depuis un an, j’ai rencontré plusieurs chamanes et de nombreuses personnes dans l’éveil. Jean-Philippe, qui avait attaqué les travaux au terrain, un an plus tôt, était alors en pleine formation auprès de chamanes d’Amérique centrale ou latine, afin de devenir lui-même guérisseur, notamment par la connaissance ancestrales des plantes… Lui aussi est une personne hors normes, que j’ai beaucoup appréciée. Mais il n’y avait pas cette proximité et cette évidence, dans la relation et les conversations, qu’il n’y avait avec John.

J’écrirais dans d’autres textes tout ce qui est arrivé au terrain d’« étrange » pour des esprits cartésiens et de tout à fait « probant et parlant » pour des esprits éveillés. John a un rôle à jouer en ce lieu, mais également dans le sens de ce lieu dans ma vie et donc dans ma vie. Mais cela, vous le découvrirez plus tard ! 🙂 »

Lundi 10 juin

Petit déjeuner tous les trois, après une mini grasse mat. Papa ne travaillait pas, c’était lundi de pentecôte. Maman me remit au dodo à 10h, avant de partir travailler. Je me suis réveillée dès son départ à 10h30. Mais Papa a insisté et finalement j’ai sombré de nouveau. Au point qu’il dut me réveiller pour le repas de midi ! Il avait peur que je sois parti pour la sieste de l’après-midi. Et en effet, j’ai peu dormi l’après midi. On a passé toute la journée ensemble avec Papa. Maman est rentrée très, très tard, KO… C’était la dernière semaine avant le bac, gros coup de bourre !

Mardi 11 juin

Ce soir, j’aurai 17 mois et cette nuit je commencerai mon 18ème mois. Maman m’a amené chez Nanou pour 9h30, car grosse journée encore. Du coup pas de sieste.

Plusieurs rendez-vous importants aujourd’hui, pour les membres de ma famille.

Oma a vu avec le notaire pour régler certains éléments dans la succession de Grand-Pa.

Et ce soir, Maman avait eu son dernier cours assez tôt et à Villelongue, juste à côté de l’écurie. Car ce soir, elle vendait (enfin !) son van… Papa m’amena aux écuries et on y rejoignit Maman et le vendeur. Elle avait besoin de Papa pour atteler le van car, avec son dos, elle ne pouvait pas toujours pas forcer.

Maman était tendue, elle avait peur que ça ne marche pas. Elle avait eu tellement de touches pour la vente qui étaient tombées à l’eau, tellement de fausses joies et de galères, depuis novembre…! « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir vendu », n’est-ce pas ? Moi, j’étais tout excité, je courrais partout, comme toujours aux écuries !

Maman alla déposer l’argent à la banque avec une boule dans le ventre. Elle me racontera plus tard qu’elle avait entendu une petite voix qui lui disait alors, pour qu’elle se détende : « Fais nous confiance :-).» Sous entendu pour le van, mais pas seulement… Egalement pour tous ses projets, matériels et non matériels.

Le soir, pendant le bibi, j’avais la connerie. Je voulais rigoler à tout prix, attraper le nez de maman, lui tirer les cheveux. En fait, j’étais excité et je souhaitais qu’elle dédramatise et lâche prise. Quand je rigolais, en général, c’était contagieux. On était tellement connecté, tous les deux, que mon rire la faisait rigoler presque instantanément, ma maman… J’essayais de lui dire, par télépathie : 

« Maman, fais confiance à tes guides, à ton petit ange, à la vie. Écoute les toujours et encore. Eux seuls t’amèneront le bonheur car ils t’indiqueront toujours quel est le meilleur choix pour toi.<3 » Prends un peu de recul, regarde quelques années plus tôt. 

Il y eut ta chère Kolina, premier coup de cœur déraisonnable, qui ne correspondait en rien à tes critères de recherche initiaux. Elle t’a tellement appris et a réussi à ouvrir tant de portes pourtant solidement verrouillées… Il fallait qu’on t’envoie un caractère à la hauteur du tien pour que tu acceptes enfin de lâcher, de te remettre en question et de faire, du coup, un pas de géant dans ta vie.

Ensuite, tu as craqué pour Duende, alors que tu trouvais cela (encore !) totalement déraisonnable d’avoir deux chevaux au lieu d’un. Mais Duende aussi t’a appris énormément, notamment à suivre ton cœur plus que jamais. Il t’a fait encore fait faire une immense enjambée avec tes bottes de 1000 lieux… Tu as découvert que l’amour permettait d’avancer avec une fluidité et un rapidité que ne permettait aucune technique rigide et rationnelle. Il t’a montré ce que tu n’aurais jamais pu imaginer.

Et puis me voici, grâce à Papa, aussi.. Lui qui pensait, au départ, mon arrivée déraisonnable (lui aussi!!!). Mais je lui ai soufflé à l’oreille que vous seriez des parents comblés avec moi. C’est un homme plein d’amour… J’ai tenu ma promesse.

Et toi, Maman, je sens chaque jour à quel point tu es heureuse. A quel point mon arrivée t’a métamorphosée, guérie de tant de maux…. Tu peux enfin faire exploser ton amour sur un être humain qui n’attend que ça. Ton amour, Maman, je l’ai senti si loin, là haut. C’est lui qui m’a aspiré sur Terre, comme dans l’oeil d’un cyclone, comme attiré par un immense aimant. Je savais que ton cœur battrait à l’unisson avec le mien. Nous sommes des âmes sœurs. J’avais besoin de te retrouver… Et voilà, c’est arrivé <3 <3. Si tu savais comme je t’aime en retour… Tu le sais, tu le sens. Même si je ne peux pas encore te le dire avec des mots. Tu m’as accompagnée pendant tous ces mois dans ton ventre, comme j’en rêvais. Et depuis que j’ai quitté l’eau pour la terre, tu es présente et aimante ; tu me faire grandir et développer le meilleur de mon potentiel, à tous les niveaux. Merci Maman.

Peut-être suis-je ce petit bébé qui est mort en même temps que toi lorsque nous étions des peaux-rouges tous les deux. Jeune squaw, déjà cavalière, tu n’as pas réussi à me faire sortir de ton ventre. Nous avons alors quitté ce monde ensemble… Pour nous retrouver aujourd’hui, avec la même force et le même amour qu’alors. Tu avais déjà cet amour fou pour les chevaux, les animaux, la terre, les plantes, la vie… Tu n’as pas beaucoup changé. Je vais enfin pouvoir jouer pleinement mon rôle auprès de toi. T’apporter le bonheur et cet équilibre dont tu as besoin. Un bonheur intense, de tous les instants. Un équilibre qui te permet de te centrer spirituellement sur le vrai sens de ta vie. Et bien sûr, je vais t’aimer infiniment et éternellement.

Quand tu seras prête, je te dévoilerai une autre partie de nos vies antérieures communes. C’était en Allemagne, pendant la deuxième guerre mondiale. Nous étions mariés, j’étais un résistant, je m’appelais Oskar… Nous avions une petite fille prénommée Carlotta. Là encore, nous avons été séparés bien trop tôt. Car j’ai voulu lutter pour la vérité, la justice et la liberté… Pas évident sous un régime autoritaire ! Mon combat m’a coûté la vie… Avant de vivre pleinement ce que nous avions à vivre sur cette si jolie planète. Mais Chuuttttt…. Je t’en dirais plus dans quelques temps.

Épilogue :

Comme tu le sais depuis presque un an, car elle est venue te parlais dans le cœur, j’ai depuis longtemps une sœur stellaire, intergalactique, qui se prénomme d’ailleurs Stella, Stella Crystal. Tout comme moi, je me prénomme Angelo Felix. Dans tes écrits futurs, tu l’appelleras Orphea, tout comme mon alias est Phileo, dans tes « Conversations entre Maylen’ et Kaolin’ ». Je dialogue très souvent avec elle. Elle aimerait s’incarner, pour partager cette magnifique expérience terrestre avec moi. Mais elle se pose beaucoup de questions. Et puis, cela ne dépend pas que d’elle… »

Compétences

Posté le

12 juillet 2020

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